Je vais vous parler aujourd’hui de quelque chose de difficile et un peu déprimant, mais ô combien important.

En tant que  « Fouine », c’est mon rôle de me tenir au courant des dernières publications. Lors de mon retour de congé maternité, la semaine dernière, je suis tombée sur ce rapport de l’INSPQ qui confirme encore et toujours que le suicide est un problème persistant de notre société. En même temps, littéralement dans le même 15 minutes, je tombais sur la nouvelle que notre bon gouvernement austère laisse les Centre de prévention du suicide en difficultés financières.

Tant d’incohérence, ça m’a presque fait exploser la tête. Et bien sûr, tout ça dans les environs de la Semaine de prévention du suicide. On coupe dans les centres de prévention, en même temps que dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le suicide tue davantage que les guerres et les désastres naturels réunis.

Parler du suicide, ça a sa place dans un blogue sur l’action collective. Tout d’abord, parce que le suicide, c’est un phénomène social. Ce que j’entends par là, c’est que le suicide est davantage qu’une décision triste et irréversible prise par un individu malheureux.  Plusieurs facteurs sociaux entrent en ligne de compte. Par exemple, le rapport de l’INSPQ nous apprend que l’Abitibi-Témiscamingue a un taux de suicide drastiquement plus élevé que la moyenne nationale alors que la région de Montréal a un taux significativement plus bas. Et les personnes les plus défavorisées sont deux fois plus susceptibles de mourir par suicide que les personnes les plus favorisées de notre société.

Ce que je comprends de ces statistiques, c’est qu’au-delà du mal de vivre d’une personne, comme société, il y a des choses que l’on peut faire. Et l’OMS, dans ce rapport, le confirme. On remarque, entre autres, que diminuer l’accès aux armes à feu, augmenter l’accès aux soins, améliorer l’inclusion sociale et augmenter les campagnes de préventions ont des impacts significatifs et réels sur les taux de suicide. Autant d’actions qu’on peut prendre en tant que société.

Mais est-ce que c’est moi ou bien ce sont précisément les mêmes choses qui sont menacées par les actions irréfléchies du gouvernement Couillard? D’ailleurs, on le sait le taux de suicide augmente dans les pays où sont imposées des mesures d’austérité.

Bien sûr, le mal de vivre peut aussi prendre racine dans l’histoire individuelle d’une personne ou résulter d’un problème de santé mentale, mais je pense qu’il faut aussi voir au-delà de ce fait. Durkheim nous le disait il y a longtemps dans son traité sur le suicide : les individus mal intégrés dans la société, ceux qui vivent dans une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas, ceux qui vivent une dissociation avec le monde qui les entoure, sont plus susceptibles de se suicider. C’est ma conviction que l’austérité crée une société comme celle-là. En même temps qu’elle nous enlève, concrètement, les moyens d’aider les personnes qui en ont besoin par ses coupures budgétaires et sa réorganisation du système de santé.

J’en appelle donc à vous, acteurs du développement collectif. On fait ce travail parce qu’on veut une société meilleure. Mais parfois, on oublie que cette société meilleure, on la veut pour avoir des individus plus heureux. Le suicide, c’est une question qui devrait nous toucher en tant qu’être humain qui se préoccupe de ses comparses humains, mais aussi en tant que ces merveilleux idéalistes et agents de changement social que nous sommes.

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Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, notamment chez Communagir, à Montréal, pout aboutir comme travailleuse autonome à Québec. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! Comme blogueuse, je souhaite vous partager mes lectures et mes trouvailles, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?