Les gens qui passent à l’action, ils l’ont bien appris quelque part!?

Clore l’année en me demandant crument pourquoi l’humain est à ce point un loup pour l’humain (désolée pour les loups). Ce n’est pas très réjouissant. Je me demande ce qu’il arrivera des personnes qui fuient Alep ou de celles qui sont bloquées dans les no man’s land de migrants à la merci des « loups », passeurs, voleurs ou politiciens. J’anticipe aussi le dur réveil de janvier, quand Trump le Mégalomane-Narcissique (ce n’est pas de moi) sera Trump le Président des États-Unis. Nos voisins.

Fin 2016, l’équilibre du monde est bien fragile. Ébranlé par le choc des valeurs et des modes de vie entre des populations et des cultures qui se sont incomprises, voire détestées, si longtemps. Ébranlé car notre planète suffoque. Les ressources s’amenuisent, la nature s’atrophie et le climat se dérègle sous la pression de la croissance humaine, du capitalisme et de son mode de vie destructeur (vous en déduirez que j’ai vu récemment le documentaire de Leonardo DiCaprio, Before the flood)

« Les belles paroles ne beurrent pas les épinards » (proverbe anglais)

Agir pour changer ça? Comment? Certainement pas en restant à s’indigner (pour reprendre l’idée de mon dernier billet), les bras ballants.

Ces gens qui passent à l’action : les faiseux, les courageux, en particulier ceux qui cherchent à faire une différence pour les autres, qui sont-ils?

On peut croire que c’est une question de personnalité, mais il semble que ça s’apprend, qu’on peut même y prendre sérieusement goût! Encore plus, par la force et la cohésion du nombre, on peut changer quelque chose d’assez gros.

… Ce sera ma quête pour ce dernier billet de l’année.

La psychologie nous propose une réponse qui « fait du bien ». Isabelle Taubes, dans la revue Psychologies cite le psychiatre Frédéric Fanget : « Comment sortir du cercle vicieux de l’inhibition et de l’inaction pour entrer dans celui, vertueux, de l’action et de la réussite? En avançant progressivement : je décide de faire quelque chose de facile et dont j’ai très envie, je pense que je peux y arriver, j’essaye, je réussis, je me sens efficace; du coup, j’ai envie de recommencer ». Presque simple. Pavlovien finalement.

En tout cas, deux Québécoises se sont mises en action, y ont pris plaisir et ont changé durablement la vie de cinq personnes. Elles ont sauté à pieds joints dans le « cercle vertueux de l’action et de la réussite », comme dit Fanget. Je parie qu’elles ne reviendront pas en arrière de sitôt.

Retour sur une histoire magnifique : « Les Darwish sont finalement arrivés[1] ».

« … Maude et Rafaëlle ont multiplié les démarches… elles ont préparé la venue des Darwish comme on prépare l’arrivée d’un enfant. Elles ont trouvé un appartement, fait le grand ménage, décoré les chambres au goût des enfants… et collecté des meubles et des vêtements chauds pour l’hiver. Elles ont suivi des cours d’arabe, assisté à des conférences sur les parrains de réfugiés syriens, tissé des liens avec la communauté syrienne de Montréal, entamé des démarches pour inscrire les enfants en classe d’accueil dès janvier… Un an s’est écoulé. Un an de découvertes culturelles, de partages, d’échanges entre ces deux familles de part et d’autre à travers la lorgnette de Skype… À leur initiative, un groupe Facebook pour rassembler toutes les familles qui parrainent au privé a (aussi) été créé.»

Dans l’histoire de Maude, Rafaëlle et la famille Darwish, il y a le passage de la parole aux actes, mais il y a aussi l’apprivoisement de la différence, le souci de comprendre, d’accueillir et de faire de la place à l’autre.

Si les initiatives individuelles donnent l’exemple, elles ont leurs limites lorsque l’enjeu devient trop gros, trop généralisé. Elles doivent alors être appuyées par des volontés et des outils politiques et sociaux. Nous arrivons peut-être, d’ailleurs, à ce point de bascule en fait d’intégration des personnes immigrantes. Les bouleversements mondiaux et les déplacements massifs de populations nous y conduisent en tout cas.

Petit poisson deviendra grand et fera la loi dans l’océan

Toute à ma recherche, je suis tombée sur un article intéressant de l’édition automnale de la revue Relations[2]. Emiliano Arpin-Simonetti y parle de l’écocitoyenneté, dans cette idée de passage à l’action et de prise de pouvoir individuelle et collective.

« … les luttes écologiques s’ancrent bien souvent dans un rapport intime – voire identitaire – au territoire… toutes ces mobilisations, qu’elles prennent la forme d’assemblées citoyennes, de campagnes de sensibilisation, de recours juridiques ou d’actions directes d’occupation et de blocages, sont des terrains d’apprentissage concrets de la citoyenneté active.

Les personnes y développent la connaissance de leurs droits, des pratiques d’action et de délibération collectives, mais aussi une conscience approfondie des limites que le système politique et économique impose à une réelle reprise en main démocratique. Loin d’être un frein à la poursuite de l’action citoyenne, la constatation de ces limites peut au contraire indiquer des voies pour transformer les institutions, voire en inventer de nouvelles qui soient capables d’intégrer réellement une conception écologique, inclusive et participative de la cité et de la citoyenneté… C’est… dans cette perspective qu’il faut envisager la myriade d’initiatives citoyennes de transition qui éclosent un peu partout dans le monde… elles témoignent en effet d’un besoin très largement partagé d’agir concrètement, à échelle humaine, et de faire sa part – si petite soit-elle – dans le sens d’une autonomie collective accrue face aux grands centres de pouvoir. Le succès retentissant du documentaire français Demain l’illustre bien… Celui-ci pourrait se résumer ainsi : il est temps de passer à l’action et chacun a beaucoup plus de moyens et de ressources qu’il ne le pense pour changer les choses. »

Si on en croit l’auteur, il y a une force à l’œuvre, qui, même si elle mène des actions à petite échelle, grandit et acquiert, au fil des expériences positives, un véritable potentiel de changement social. Cette force citoyenne (collective) pousse dans le sens d’un changement plus large pour transformer nos modes de vie et nos choix énergétiques.

L’apprentissage et le plaisir du pouvoir d’agir peuvent donc être collectifs.

Les Québécois et leur pouvoir d’agir

J’ai regardé le documentaire « Le goût d’un pays » de Francis Legault. L’auteur se questionne sur la société québécoise à travers un dialogue entre Fred Pellerin et Gilles Vigneault et à travers quelques amoureux du terroir, dont Roméo Bouchard et son fils Géronimo. Si les constats de fond ne sont pas si roses, l’amour des gens et du pays traversent le propos. Le regard est tendre et chaleureux.

Le sirop d’érable devient une métaphore pour parler de notre difficile affirmation en tant que peuple, de notre fierté timide et de la fragilité de notre attachement à nos racines culturelles. « S’il n’y a plus de rituel, il n’y a plus de peuple; ces gestes quotidiens et fraternels sont nécessaires à l’identité », dit Jean-Baptise Hervé du journal Voir, en parlant de cette métaphore. Je partage.

Le printemps, temps des sucres, est aussi pris comme symbole de notre psyché collective en parlant du sentiment de peur des Québécois (copieusement nourri par nos politiciens) et de notre difficulté à nous prendre en mains. Si le printemps québécois fait poindre l’espoir du renouveau (du Printemps Érable aux printemps des érables), c’est comme si l’été, lui, n’arrivait jamais. Fred et Gilles parlent, rêvent et fredonnent là-dessus, sans trouver tout à fait pourquoi. Ce serait en nous, enfouie dans notre histoire et nos apprentissage collectifs. Un certain manque de pouvoir d’agir finalement.

Heureusement, il y a aussi l’exemple de gens qui font vivre la tradition des sucres à travers les générations et les amitiés. Ce faisant, ils transmettent la culture, l’appartenance et la force d’agir.

Les propos de l’auteur, conteur et comédien Fabien Coutier ont particulièrement résonné à mes oreilles. Il refuse un nationalisme creux et étroit. Il veut de la place pour s’engager, pour changer la société québécoise, pour l’ouvrir au monde. Il nous appelle à prendre collectivement cette place, à passer à l’action. C’est senti. Très probablement un homme qui a goûté au pouvoir et au plaisir d’agir et qui ne veut pas les perdre!

L’or des Québécois

J’ai retenu du documentaire que la production artisanale du sirop d’érable est fragilisée par le fait qu’elle n’est pas rentable, du moins financièrement. Passer du temps à produire du bonheur et à le partager, gratuitement, n’est pas dans l’air de l’époque on dirait.

J’ai cependant compris de ce billet que ce n’est pas inéluctable. Qu’on peut agir pour garder notre trésor vivant, comme notre culture d’ailleurs!

Bonne année 2017!


[1] Les Darwish sont finalement arrivés, Article paru dans le Devoir du 7 décembre 2016

[2] Paru dans « Le réveil écocitoyen – Initiatives et mobilisations », Revue Relations, septembre-octobre 2016

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Geneviève Giasson
Geneviève Giasson

Je me nomme Geneviève Giasson. Professionnellement, je suis coordonnatrice générale de Communagir. Personnellement, une passionnée-pragmatique, engagée pour un monde plus équitable, où les humains prennent soin de ce qui leur est commun comme de ce qui leur est propre. Un peu idéaliste, mais qu’importe. Ce sont les rêves qui poussent en avant! Le développement local et régional et les enjeux sociaux et environnementaux m’interpellent depuis toujours. D’abord comme communicatrice et intervenante, auprès des jeunes, des ainés et des personnes défavorisées. Puis, durant plus de 15 ans, comme développeuse de projets collectifs en Afrique et ici. Enfin, aujourd’hui, à la barre d’une belle organisation, Communagir, qui appuie au quotidien les efforts de collectivités locales et de régions engagées dans des changements déterminants pour leur avenir. Avec cela, j’aime explorer, comprendre, chercher derrière et en dessous les choses qui ne sont pas visibles autrement, peut-être une déformation de ma formation cumulée de « fouilleuse » en communication, en psychologie et en études urbaines.