Ben voyons! Un monde sans pétrole…

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Difficile à imaginer. Pourtant, si on fait un petit exercice d’imagination et que l’on ferme les yeux. POUF! Disparus la banane et le café pour déjeuner. Le bulletin de nouvelles que nous écoutons religieusement à la TV ou à la radio s’est tu. Pire: nous n’avons plus rien sur quoi pitonner, le garde-manger est presque vide et le réservoir de l’auto aussi. L’essence est maintenant rationnée, nous imposant de longues attentes aux stations-services encore ouvertes. Mes REER n’ont plus aucune valeur et la pâte à dents ainsi que le papier de toilette se troquent sur le marché noir. Pour les agriculteurs, c’est la catastrophe… tout le système agroalimentaire est paralysé.

Délire catastrophiste? Et pourtant, si la prochaine décennie n’était pas en continuité avec celles qui l’ont précédée, mais en complète rupture? Et si ce n’était pas les changements climatiques, le principal facteur qui va bouleverser notre vie à court terme?

La fin de l’histoire du… développement durable

Selon un rapport publié par le Geological Survey of Finland (GTK) : «Aujourd’hui, environ 90% de la chaîne d’approvisionnement de tous les produits fabriqués industriellement dépendent de la disponibilité de produits dérivés du pétrole ou de services dérivés du pétrole. En tant que matière première pour divers types de carburants, le pétrole est une condition préalable de base pour le transport de grandes quantités de marchandises sur de longues distances. Le pétrole, aux côtés des technologies de l’information, des porte-conteneurs, des camions et des avions constituent l’épine dorsale de la mondialisation et de notre écosystème industriel actuel ». Il réaffirme ce que d’autres études ont déjà identifié : « que l’économie de plus en plus insoutenable de l’industrie pétrolière pourrait faire dérailler le système financier mondial au cours des prochaines années».

Le rapport mentionne également que : « En raison de cette combinaison de défis géologiques et de contraintes du marché en surface, l’étude du gouvernement Michaux avertit qu’un pic mondial de la production totale de pétrole est soit “imminent” au cours des prochaines années, soit pourrait déjà avoir eu lieu, peut-être en novembre 2018. Mais nous ne pourrons confirmer pleinement ce pic qu’environ cinq ans après les faits ». (Notons que la crise financière de 2008 a suivi le pic de production du pétrole traditionnel, atteint en 2005. La baisse de production a été compensé par le pétrole de schiste américain qui lui aussi a atteint ou atteindra bientôt ses limites).

Dans cette perspective, lorsque l’on réfléchit aux conséquences implicites sur notre quotidien d’expressions comme « fin de la civilisation thermo- industrielle » ou encore à des termes comme « déclin » ou « décroissance », ils mettent en perspective l’urgence de s’adapter à cette nouvelle réalité et de développer les capacités de résilience des communautés locales dans un contexte où l’État n’aura plus la possibilité de lever des impôts et conséquemment la capacité de jouer le rôle régulateur qu’on lui connaît. Chose certaine, cela dépasse largement une adaptation cosmétique comme apporter nos contenants à l’épicerie, de « simplicité volontaire » ou de consigne des bouteilles de la SAQ comme changement à nos habitudes. On passera rapidement du plus, plus, plus au moins, moins, moins. Tout un choc. Comme je le disais dans mon billet précédent : elles (les communautés) devront se développer en fonction d’une réflexion locale sur l’adaptation souhaitée, les aspirations et potentialités de régions naturelles d’appartenance favorisant les liens de solidarité. L’approche des Villes nourricières développé par Vivre en Ville constitue, à cet effet, un excellent point de départ pour lancer une discussion.

Soyons pragmatique, la tâche est immense. Nous vivons toujours collectivement dans un déni de réalité et la pensée magique, n’étant pas outillés sur le plan cognitif pour faire face à des dangers « écoanthropologique » inconnus, sans comparables dans l’histoire de notre espèce.  Nos capacités cognitives (de compréhension et de perception) ne permettent pas d’imaginer et d’accepter l’impensable, la chute brutale de notre niveau de vie. Le retour à une vie frugale. Un événement démesuré, supraliminaire comme le décrit le philosophe Günther Anders. Nous nions ou nous nous disons, plus ou moins consciemment, que nous traverserons la rivière lorsqu’on y sera rendu ou que l’on ne vivra pas assez longtemps pour le voir. Qu’on va bien finir par inventer quelque chose… Quitte à me répéter, « on ne négocie pas avec la nature et la géologie » comme le dit Yves Cochet mathématicien et ex-ministre français de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement.

D’où un premier défi : sortir du déni, préalable à des actions adaptées et conséquentes à la mesure de la situation réelle.

Penser autrement pour faire autrement

Sortir du déni, sortir du déni, plus facile à dire qu’à faire si on considère que toutes les mises en garde des scientifiques depuis 1972 ( Club de Rome ) n’ont visiblement pas donné beaucoup de résultats concrets. Il n’y a évidemment pas de solutions miracles ne nécessitant pas d’efforts, mais si on reste modeste et que l’on se concentre sur des interventions à échelle humaine et que l’on reconnaît que l’économie mondialisée sera derrière nous dans deux ou trois décennies tout au plus,  quatre stratégies peuvent inspirer nos actions:

  • Devenir de meilleurs communicateurs, animateurs, agents de changement. Développer nos connaissances et nos compétences en ce qui concerne certains biais ou limites cognitives qui font obstacle à la mobilisation et à l’engagement dans l’action. Apprendre à développer de nouveaux récits, créer un nouvel imaginaire, surmonter la peur et l’anxiété. Partager nos expériences.
  • Gagner du temps. Résister, défendre la vie sur terre. Limiter les dommages (ère de l’anthropocène, 6e extinction de masse). Actions sur les plans politique, judiciaire, législatif, actions directes (pétitions, boycotts, désobéissance civile, etc.).
  • Comprendre la dynamique des systèmes complexes, démystifier le fonctionnement du système économique et son discours. Inventer des solutions de rechange tant sur le plan institutionnel que structurel, expérimenter de nouveaux ou anciens modèles de production et de consommation viables (projets alternatifs-mode de vie sobre en énergie et en technologie) localisés sur des territoires restreints facilitant la coopération sur les questions alimentaire, de santé, de sécurité, culturel ou d’éducation, par exemple.
  • Sortir de la culture dualiste. Valoriser et promouvoir les valeurs et les gestes (humanistes ou spirituels, selon nos croyances) qui permettent de dépasser les vieilles notions qui nous desservent tant aujourd’hui. Individualisme et concurrence, partisanerie politique, l’indépendance des humains vis-à-vis du monde vivant et non vivant, un monde qui se limite à un système de ressources à dominer et à exploiter, le racisme, la financiarisation du vivant, cupidité, croyances (théories économiques) en des ressources illimitées qui mènent à excéder la biocapacité de la planète, etc.

Construire un mouvement québécois

Garder à l’esprit ces 4 axes d’intervention lors de l’élaboration d’un projet permet de s’approprier l’analyse systémique, aide à sortir de notre confort habituel, augmente la cohérence du discours, la crédibilité des actions envisagées, le potentiel de mobilisation et les chances de succès.

Mes prochains billets aborderont sous ces angles les différents sujets concernant la décroissance, les changements climatiques et l’adaptation. J’espère fortement que vous contribuerez à la recherche et à la réflexion que j’ai entreprises il y a quelques années en ce qui concerne notre avenir commun.

Comme le disait le célèbre scientifique Hubert Reeves dans un documentaire intitulé La Terre vue du ciel, « Tout comme Churchill s’est levé, seul, pour s’opposer à la barbarie du nazisme, nous devons nous inspirer de son exemple pour entreprendre une guerre contre la destruction… et cette guerre, il n’est pas certain que nous la gagnerons. »

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