Quelle série intéressante que ces textes sur le dialogue! Et ce que je constate, c’est qu’avec la notion de dialogue, vue à travers différentes opinions, la notion de débat s’installe invariablement en toile de fond. C’était à prévoir, bien sûr, puisque le dialogue est le préambule essentiel à un sain débat. Être en mesure d’échanger en tout respect, savoir écouter, pouvoir s’exprimer, devient la pierre angulaire à la construction d’une discussion sociale respectueuse et porteuse.

C’est donc sur le débat que portera mon propos. Non seulement sur la nécessité du débat pour une société qui s’estime mature, mais aussi sur les éléments essentiels qui nourrissent ce débat.

Premier de ces éléments, vous ne serez ainsi pas surpris que je vous dise que tout débat se fonde et s’organise autour d’informations de qualité. Des informations établies sur des faits, vérifiés et vérifiables, s’avèrent essentielles à tout débat qui se veut constructif. Ces informations pertinentes sont complètes et doivent demeurer accessibles à toutes les parties prenantes au débat. En effet, à quoi servirait une discussion, un dialogue, un débat dont les prémisses seraient faussées ou incomplètes dès le départ?

Deuxièmement, ces informations valides et nécessaires au débat seront portées par des interlocuteurs crédibles. Ils et elles connaissent le sujet, l’ont étudié, analysé, et peuvent apporter des éclairages utiles à la discussion. Mais attention! Ce n’est pas pour autant une raison de leur laisser tout l’espace et le fin mot de l’histoire. Tout expert qu’on puisse être dans son domaine, personne ne détient le monopole de la solution! Ce qu’il est utile de rechercher, c’est la science et l’opinion de personnes autonomes et indépendantes pour réfléchir, approfondir le sujet.

Il importe aussi d’éviter le piège d’une certaine censure. Ou d’une censure certaine, c’est selon…. Attention aux silences, aux non-dits qui nuisent ou qui indisposent, attention à l’évitement volontaire de certaines parties d’informations, de conséquences indésirables. Pour se convaincre de l’importance de l’information et de la crédibilité de celle-ci pour un sain débat, on n’a qu’à lire nos journaux, ouvrir nos radios, consulter nos pages Facebook. On peut constater avec quelle facilité il est possible de détourner le sens des choses. À travers ces détournements, il est primordial de revenir à la base pour s’y retrouver, de se rappeler les fondements de la discussion, de réclamer les données exactes et de garder en tête le respect que l’on doit accorder tant aux personnes qui débattent qu’au sujet débattu.

Le débat demande aussi du courage. De ce courage tranquille qui fait la marque des grands peuples, des grandes sociétés. Non pas de cette tranquillité qui laisse tout passer sans réactions mais de cette attitude qui permet de demeurer centré sur la question sans se laisser démonter par les colères ou les difficultés. Il est tentant parfois de laisser aller, quand le débat se corse, quand des positions se cristallisent. Il importe dans ces moments-là de se rappeler que les conséquences de ne rien faire seront trop importantes, et qu’il est essentiel de poursuivre le dialogue pour aborder les questions avec ouverture et transparence.

Chez nous, on a associé depuis longtemps le débat à la chicane, ce qui collectivement nous dérange beaucoup. On n’a qu’à regarder de quelle manière on nourrit le spectacle lors de débats politiques pour s’en convaincre. C’est bien dommage.

Parce que le débat est nécessaire pour établir la réflexion collective sur les facettes de notre vivre ensemble. Le débat permet de structurer une vision stratégique et partagée dont on a tous besoin pour se donner cette société qui est la nôtre. Il doit permettre la contribution de tous, pour trouver, ensemble, des solutions adaptées au contexte, aux personnes et aux enjeux du moment. Et en ce sens, il n’y a pas de petite ou de grande contribution au débat, il n’existe pas de petite ou de grande idée, il y a participation au débat, point! Appuyée par une réelle volonté de dialoguer entre nous…

Voilà pourquoi le débat en société est important, voire essentiel. On perd beaucoup plus à ne plus vouloir débattre que ce que l’on gagne à instaurer un sain débat. Il nous faudra alors collectivement avoir le courage et l’audace politique de revoir totalement nos débats sociaux.

Fascinant débat….

 

 

 

 

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.