Confiance : signifie qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui et en s’abandonnant ainsi à sa bienveillance et à sa bonne foi.

Je m’en souviens comme si c’était hier… J’étais en secondaire I, dans un cours de Préparation à la vie professionnelle et aux choix de carrière. La professeure, qui expliquait les complexités du marché du travail, a dit une phrase, une toute petite phrase, qui ne m’a jamais laissée en paix depuis. « Tout le fonctionnement de la société repose sur la Confiance, celle que nous avons à l’endroit de nos institutions, envers nos élites, dans nos lois et les mécanismes qui régulent la société… Sans confiance, plus rien ne peut tenir, plus rien n’a de sens! »

Combien de fois depuis ce temps ai-je eu l’occasion de constater la véracité d’un tel enseignement! Au quotidien, on fait confiance aux banques, aux gouvernements, à nos instances de régulation et de certification, aux experts qui nous entourent, qu’ils soient médecins, ingénieurs, juges ou autres. On doit faire confiance, c’est une condition essentielle à notre vivre ensemble.

Et pourtant!… De corruption par des agences gouvernementales en tricheries de Volkswagen, de scandale des commandites à ceux mis au jour par la Commission Charbonneau, des tromperies répétées de grandes banques à propos de certains placements aux révélations d’Edward Snowden ou celles d’Anonymous, chaque jour apporte son lot de révélations sur ceux qui bousculent notre confiance, qui nous trompent, nous mentent et nous abusent, et ce dans tous les domaines, du sport à la recherche, de l’économie à l’environnement, de la charité à la justice. Avec comme conséquence un cynisme ambiant devenu malsain et la montée fulgurante de comportements individualistes contraires au fonctionnement d’une société.

Faut-il alors se laisser envahir par la désillusion et laisser tomber nos engagements et nos convictions? Oh que non! On ne doit pas baisser les bras, ou courber la tête. Nos milieux de vie, nos collectivités, notre monde à nous qui continue de résonner dans nos cœurs méritent qu’on se donne les moyens de recréer cette nécessaire confiance. Et ils méritent surtout qu’on n’attende plus pour le faire. C’est maintenant, tout de suite, qu’on se doit d’agir. En la matière, l’indifférence à cette perte de confiance est la pire des attitudes.

Selon Michela Marzano, philosophe et chercheuse au CNRS à Paris, la confiance se construit, pour soi et pour les autres, et elle surgit à partir du moment où l’on s’efforce de cohabiter et de partager un lieu de vie. Elle se développe à partir d’un réseau de valeurs et de convictions partagées et elle ne peut survivre que lorsqu’on accepte que chaque personne ait ses zones d’ombre et ses faiblesses. La confiance naît du lien créé et, même si elle demeure à jamais fragile, elle engendre toujours des liens forts.

Ainsi le tout premier jalon de cette construction de confiance demeure le dialogue, premier lien entre les personnes, un geste de connaissance et de reconnaissance de qui nous sommes et de ce que nous sommes. Un dialogue établi dans le respect des uns et des autres et dans la transparence. À ce sujet, je vous invite d’ailleurs à lire et à relire l’excellente série sur le dialogue de ce blogue.1

Et cette construction se poursuit dans l’action, dans des gestes simples et concrets, qui permettent de mettre en valeur nos capacités, nos forces qui se conjuguent, et à se mettre en mouvement, petit à petit. Au fil des actions, ce cercle s’élargit, toujours plus, jusqu’à rejoindre un ensemble significatif, nos communautés, nos régions, notre société en somme.

Se parler et agir ensemble, de concert, c’est bien l’essence de l’action collective, c’est de cette manière que nous avons pu nous donner des villages, des régions et une société à notre image et c’est de cette manière aussi que nous briserons le cycle insidieux du cynisme et de l’individualisme et que nous nous redonnerons tout doucement un monde un peu plus juste et vrai. Là-dessus, vous pouvez me faire confiance!


1NDLR : Nous.blogue a lancé un dossier spécial sur le dialogue le 6 avril dernier. 13 billets traitant de différentes facettes de cette thématique ont été publiés au cours des huit semaines qu’a duré la série.

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.