C’est avec beaucoup d’intérêt que je lis la série sur le dialogue. Claire Bolduc constate avec raison « qu’avec la notion de dialogue, le débat s’installe invariablement en toile de fond ». Les regards multiples que partagent les blogueurs stimulent ma réflexion que je veux partager, au risque d’introduire un peu de dissonance.

Quand je regarde notre monde, je ne peux m’empêcher de penser que le dialogue social reste tout un défi. Tous n’ont pas accès à la parole. Je pense aux personnes laissées pour compte et exclues de ce dialogue parce que privées d’éducation ou de moyens de se faire entendre. L’écoute de l’autre, dans le respect des différences, est essentielle comme le dit si bien Nadia Bellehumeur dans son mot « Le silence est d’or ».

Car les fractures sociales sont nombreuses voire même s’accentuent. C’est ce que je constate dans la montée des extrémismes qui se braquent dans la crise migratoire en Europe. Je pense aux milliers de migrants qui fuient des zones de guerre ou des pays à l’économie dévastée et qui sont bloqués aux portes de nos pays développés dans ce monde qu’on dit « mondialisé ». Je pense aussi à la répression de voix multiples qui ont été interdites ou se sont essoufflées faute d’être écoutées, comme celle des printemps arabes ou des « indignés » contre le 1% qui contrôle l’économie mondiale. Car le dialogue se joue aussi sur fond d’intérêts particuliers qui ne s’accordent pas nécessairement.

Ne nous trompons pas. Le bruit sur les réseaux sociaux est-il vraiment un dialogue ou bien sert-il plus souvent à se mettre en scène? Les grands médias donnent-ils plus de place à l’opinion et à l’anecdote qu’à la publication de connaissances fondées sur un débat de fond et des données solides? Oui, il y a des débats intéressants et fructueux mais dans une mer de futilités.

Lyse Brunet, dans « Le dialogue n’est pas mort » constate que les lieux de dialogue avec la société civile ont été démantelés et seront longs à reconstruire. Optimiste et positive, elle considère que ces blocages sont conjoncturels mais pas irréversibles. Même si certains décideurs écoutent peu ou refusent toute critique, incluant celles fondées sur une information de qualité et sur les témoignages de gens heurtés personnellement par leurs décisions. C’est vrai, les réseaux se reconstruisent à la base. Mais que d’efforts qui n’ont malheureusement pas tous le même succès.

Difficile dans ce contexte de former des consensus pour agir ensemble vers un monde plus égalitaire et inclusif, au delà de nos milieux proches. C’est un défi pour les mouvements sociaux et communautaires qui tentent de porter la parole des exclus malgré les difficultés de survivre dans un contexte où se multiplient les dissonances et la compétition. C’est un défi pour notre capacité d’explorer de nouvelles voies. Je ne refuse pas l’optimisme et cet élan d’espoir car j’ai la conviction qu’ensemble on peut se solidariser pour humaniser le monde. Mais j’ai parfois l’impression qu’il faut sans cesse recommencer et je mesure les efforts à consentir.

Dans l’esprit de poursuivre ce débat, je vous laisse sur une phrase tirée d’un article de Diane Lamoureux paru dans le dernier numéro de la revue Relations : « La pluralité nous invite à cultiver autant l’esprit de la rébellion que celui de la discussion ».

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Jocelyne Bernier
Jocelyne Bernier

Pourquoi participer à ce blogue ? Pour partager mon expérience et mes réflexions sur les défis du développement collectif et pour continuer de progresser ensemble malgré des vents contraires. Je vous laisse avec ce mot de l’humoriste Francis Blanche : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement !»