Devenir citoyens!  Ou comment préparer les citoyens de demain

Citoyen : Dans l’Antiquité, personne qui jouissait du droit de cité. Aujourd’hui, personne jouissant des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote, dans l’État dont il relève.

“Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de l’État. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire les lois, le pouvoir d’élire et, le cas échéant, d’être élu. Si on fait les lois, il est normal qu’on y obéisse. Ça s’appelle le civisme. C’est aussi la responsabilité de contribuer, notamment par ses taxes et impôts, pour des services tels que ceux des hôpitaux, de l’éducation, des routes, des éboueurs ou de l’éclairage public, parce qu’il faut de l’argent à l’État pour entretenir tous ces services.”

Régis Debray – La République expliquée à ma fille, 1998

 

Les porteurs d’espoir

 

Si on vous disait que l’avenir du monde se joue dans une classe d’école primaire, le croiriez-vous?

Vous devriez voir le film Les porteurs d’espoir…

Dans un long métrage documentaire, dont seul le cinéaste Fernand Dansereau a le secret, un enseignant, Monsieur Dominique, (le merveilleux Dominique Leduc) tente une méthode pédagogique innovante, celle de la Recherche-Action, qui vise à préparer les enfants à relever les défis qui seront ceux de la société dans laquelle ils vivront, dans laquelle ils vivent déjà! Ici, on aborde de front les défis environnementaux. De fait, les élèves d’une classe de 6e année apprennent à cerner, analyser et régler un problème se posant dans leur milieu. En nous rendant témoin de leur démarche, Fernand Dansereau nous rappelle que c’est encore dans l’humain qu’il faut chercher des raisons d’espérer[1].

Je me souviens d’avoir eu le privilège et le très grand bonheur d’assister à la Première de ce film culte. Soirée de fête et d’émotion, les élèves de l’école primaire La Farandole à McMasterville portaient en sourires éclatants et en taquineries de toutes sortes leur nouveau statut de modèles. Pas de vedettes, de modèles!!

Ces petits-là, timides ou fanfarons, se sont lancés avec leur enseignant dans un projet de lutte contre le vandalisme. Ils ont rencontré le maire, mais aussi des commerçants, des policiers, leur député  (à l’époque, Pierre Curzi), analysant les problèmes dans leur environnement immédiat, trouvant des pistes de solution, cognant aux portes des adultes pour les aider à le résoudre. Ils ont douté, ils ont peiné sur la tâche, souvent, ils ont eu envie de baisser les bras, parfois, mais ils ont persévéré avec courage, pour arriver en bout de course avec un résultat fascinant.

Sauf qu’ici, au final, ce n’est pas tant le résultat qui compte mais toute la démarche qui y a mené. Une vraie démarche d’apprentissage, à travers laquelle chaque enfant apprend à agir de façon responsable à l’intérieur d’un groupe et à travailler à un objectif commun, malgré les détours obligés ou factices rencontrés. Une démarche de connaissance de soi et des autres, de partage et de respect qui les a fait grandir et leur a permis de découvrir leur vrai potentiel et celui de tous ceux qui partageaient l’aventure.

La Cité-école d’East Angus

 

C’est dans une autre école, secondaire cette fois, à East Angus, que j’ai vu émerger les citoyens en devenir. À la base de l’initiative de la Cité-école, il y a encore une fois un enseignant merveilleux, M. Charles Labrie. Très humble, M. Labrie est sorti de l’ombre lorsque son projet de Cité-école lui a valu le Grand Prix de la ruralité 2013, à l’Assemblée nationale.

Si au départ, la Cité-École se voulait un projet scolaire ayant comme objectif de favoriser la réussite éducative, il est rapidement devenu un projet novateur qui a mobilisé l’ensemble de la communauté dans une approche de partenariat école-famille-communauté, un véritable projet d’éducation à la citoyenneté. Ce projet a permis de créer un environnement social favorisant la participation des jeunes dans la communauté où ils habitent en travaillant sur deux angles, soit l’insertion des jeunes dans leur milieu et la place que la communauté ménage à ses jeunes. Et l’objectif, atteint largement, visait à ranimer la solidarité et la fierté des communautés rurales.

Le tout débute à l’école en favorisant les apprentissages sur le fonctionnement de société et en initiant les élèves aux processus décisionnels. C’est ainsi qu’a été instauré un véritable Conseil des ministres dans la Polyvalente Louis-St-Laurent.

Mais il y a plus! Intégrer les jeunes dans leur propre milieu, sur le terrain, avec l’implication des élèves dans leur village, la contribution au bénévolat de toute nature, la rédaction d’articles communautaires, cela fait aussi partie de l’action de la Cité-école.

De fait, l’école est devenue un acteur de développement influent et un espace d’exercice de citoyenneté réel et effectif. Dans tout ce que le terme Éducation peut avoir comme portée réelle.[2]

Deux exemples! Inspirants! Innovants! Et qui démontrent la très grande attention que nous devons porter à construire les citoyens de demain pour édifier une société forte! Deux exemples d’actions éducatives qui ont eu et auront encore longtemps des répercussions très positives autant pour les jeunes qui ont vécu l’expérience que pour leur milieu de vie.

Mais surtout, un constat : il est urgent de réintroduire l’apprentissage à la citoyenneté, partout, dans nos écoles comme dans les loisirs et les familles. Pour que tous sachent qu’ils sont importants et qu’ils peuvent faire une différence dans leur milieu. Pour que chaque jeune puisse apporter sa contribution. Parce qu’au final, la démocratie, la vraie, repose sur ses citoyens. Alors ceux-ci, maintenant et demain, doivent savoir qu’ils constituent la pièce maîtresse de notre construction sociale.

Aidons-les à acquérir ces capacités!

 

Claire Bolduc, agronome et Préfète de la MRC de Témiscamingue
claire.bolduc@tlb.sympatico.ca

 

 

 

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[1] www.ledevoir.com/culture/cinema/285625/les-porteurs-d-espoir-de-fernand-dansereau-un-futur-en-marche

[2] www.edcan.ca/articles/la-cite-ecole/?lang=fr

 

 

 

 

 

 

 

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.