Cet automne, j’ai beaucoup entendu parler de la nouvelle Politique régionale de développement social de Laval. Fruit de plusieurs consultations (de citoyens et d’organismes) et d’un long processus (qui comprend notamment un Sommet du développement social), elle s’appuie aussi sur un ensemble de données à jour sur l’environnement social du territoire. Elle comprend même la préoccupation d’une analyse différenciée selon les sexes et prévoit une démarche d’évaluation. Bref, on dirait bien que cette politique s’est appuyée sur les bonnes personnes pour présenter quelque chose de plus solide et structurant que dans d’autres municipalités.

Et là, je me suis sentie tellement JALOUSE. Parce que, depuis que j’ai déménagé à Québec, j’avais oublié qu’une Ville pouvait vouloir s’impliquer dans le développement social.

La vision du développement social, à Québec, c’est ça :

Un document qui date de 2013. Dans lequel je ne trouve aucune mention du processus qui a permis de l’élaborer : pas de consultations citoyennes, ou de comité de travail avec les gens du milieu… Je n’étais pas à Québec à l’époque, alors peut-être qu’il y a eu une démarche de mobilisation. Mais j’ai comme un doute.

Ce qu’on trouve dans la politique, par contre, et ce dès le deuxième paragraphe, c’est une explication qui dit grosso modo ceci : le gouvernement du Québec nous force à faire une politique, mais ils ne nous donnent pas d’argent, alors on peut pas accomplir grand-chose, vous voilà prévenus. Et on enchaîne assez rapidement avec une section ‘’Ce que la Ville fait déjà’’, qui regroupe un ensemble de services que la Ville (et, vraiment, toutes les villes) offre comme du transport en commun, des loisirs, des services de police et des fêtes de quartier. D’entrée de jeu, on comprend que ce n’est pas un document qui présente une vision de la façon de progresser sur le développement social, mais un recollage et un rhabillage de services municipaux pour avoir l’air de répondre aux exigences du gouvernement provincial.

On nous présente ensuite un portrait statistique (en une page, avec ben du graphisme de remplissage) qui fait bouillir la statisticienne en moi. Des données très générales, que quelqu’un peut coller là en un après-midi de recherche sur le site de Stat Can, sans aucune interprétation. 101 lits offerts en hébergement c’est… Beaucoup? Peu? Suffisant? Une évolution? Plus que la moyenne, moins que la moyenne? On remarque en somme qu’on ne nous dresse pas un portrait parlant des personnes vulnérables et de la façon dont leurs besoins sont répondus.

Mais ce n’est pas grave, parce que de toute façon, le reste de la politique, c’est la présentation de projets inspirants (c’est vrai qu’ils le sont et, dans les faits, ils n’ont souvent pas été initiés par la Ville et sont soutenus par elle de façon assez marginale) et des orientations qui permettent de faire passer des services municipaux de base pour des actions qui renforcent le tissu social (oui, on le sait que de faire du karaté dans les centres communautaires peut aider à créer des liens sociaux, mais il me semble qu’on a besoin de plus que ça).

On peut bien espérer que cette vision du développement social sera revue, maintenant que les élections municipales sont passées, mais mon espoir est mince. Si on se fie à ce que la Ville de Québec a fait de son FDT, on peut être inquiets. Alors que ce Fonds se nomme après tout ‘’pour le Développement des Territoires’’, les priorités de financement sont presque toutes liées au développement économique. On passe 5 pages à développer le volet ‘’Soutien aux entreprises’’ puis seulement un demi-paragraphe à parler du volet ‘’Projets structurants locaux et régionaux’’… qui sont eux-mêmes divisés en deux catégories : volet entrepreneurial et volet structurant. Dans le volet structurant, les deux premiers points parlent encore de soutien et de promotion de l’entrepreneuriat (sérieusement, Régis, je pense que ton document le promeut déjà assez), et seulement le tout dernier point mentionne la mobilisation des communautés.

Je suis vraiment déprimée.

 

 

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Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, notamment chez Communagir, à Montréal, pout aboutir comme travailleuse autonome à Québec. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! Comme blogueuse, je souhaite vous partager mes lectures et mes trouvailles, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?