Je participais il y a quelques jours à un colloque inspirant ayant pour thématique «Une foresterie de gens et de forêts!» J’y étais à titre de présidente d’honneur de l’évènement. Il s’agit de ce type de colloque où des idées innovantes, parfois dérangeantes, toujours intéressantes, sont présentées, questionnées… On ne peut qu’applaudir à une initiative de la sorte, à ce qui est présenté, aux idées qui circulent et aux horizons largement ouverts, ici sur une foresterie pour et par les gens.

De cette journée, j’ai retenu trois idées que j’ai partagées en deux mots-clés qui résument chacune d’elles. Et curieusement, elles s’appliquent aussi bien à toutes nos activités quotidiennes…

Multifonctionnalité des territoires et Mode de vie

Peu importe le territoire, qu’il soit forestier, agricole, touristique ou résidentiel, chaque territoire doit composer avec de multiples usages et des interactions tout aussi multiples entre chacun de ces usages. Mais chaque territoire est d’abord un milieu de vie pour les gens qui l’habitent. Et toutes les activités économiques que l’on y retrouve se doivent de respecter ce milieu de vie et ses citoyens. Ces espaces doivent permettre l’épanouissement des personnes, pas leur asservissement. Ces territoires doivent soutenir la fierté et l’appartenance des citoyens par les activités qu’on y retrouve, qu’on y pratique, qu’on y développe. La foresterie d’aujourd’hui peut et doit permettre cette multifonctionnalité constructive d’économie et de bien-être, tout comme l’agriculture, les activités minières ou manufacturières peuvent et doivent le faire aussi.

Paradigme et Débats

On a beaucoup entendu ces deux termes au cours de la journée : paradigme et débats. J’ai cherché la meilleure signification de paradigme. Voici ce que cela signifie : Représentation, manière de voir les choses selon un certain modèle, un modèle de vision et de construction du monde qui repose sur des paramètres définis.

Et si on se met à penser en dehors de ces paramètres, on fait obstacle au paradigme… S’en tenir au paradigme établi, c’est donc faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions, différentes, parfois mieux adaptées, parfois innovantes tout autant sur le plan des idées que socialement.

Le débat devient alors nécessaire pour faire bouger les paramètres et changer les paradigmes. Or ce débat, il reposera bien plus sur la capacité d’écouter les différents points de vue que sur la force de certains arguments ou sur le poids et l’immobilisme établis de quelques façons de faire. Il devra se faire en toute transparence, en partage d’information mais aussi en partage de retombées et d’avantages. Il reposera aussi sur la crédibilité des interlocuteurs en présence, après tout, si on ne peut se fier aux uns ou aux autres, le dialogue en sera un de sourds… Et le paradigme toxique survivra…

Alors pour des milieux de vie de forêt, d’agriculture, de mines, pour des milieux de vie de gens, de cœur et de courage, osons le dialogue!

Politique et Citoyens

Bien sûr, ces deux mots ne devraient pas se voir l’un sans l’autre! Et pourtant… De la politique en général, et d’une politique sectorielle en particulier, on attend d’elle qu’elle propose une vision inspirante, des orientations claires et définies et surtout que celle-ci tienne compte de la nécessaire cohabitation des besoins et des usages de chacune des parties concernées par ladite politique, ici des secteurs d’activités et des collectivités.

Dans le cas de la forêt, il est devenu nécessaire de s’assurer de la participation des communautés rurales forestières et de leurs citoyens dans les grandes orientations qui dessineront une foresterie pour et par les gens. Des communautés qui seront impliquées dans la gouvernance du territoire forestier et dans les actions qui s’y déploieront. Des citoyens, tout comme des entreprises à qui on aura fermement expliqué que chacun a un privilège énorme d’utiliser ou de vivre de la forêt, et que ce privilège s’accompagne de la nécessaire responsabilité de respecter l’ensemble des usages et d’assurer la pérennité de cette ressource. Une cohabitation d’actions faite de compréhension et de compromis, en somme.

Et si cela vaut pour la forêt, c’est aussi le cas pour l’industrie minière, les pêches, l’activité agricole, les manufactures et tout ce qui fait bouger notre monde…

Voilà comment on réussira à faire vraiment une société pour et par les gens. Pour y arriver, il en faudra des efforts. Si plusieurs ont déjà été faits, d’autres doivent pouvoir se concrétiser. Alors il faut retenir qu’il n’y aura pas d’efforts inutiles, tant et aussi longtemps qu’il y aura respect et transparence dans les gestes posés, dans les discussions entamées. Et surtout, qu’il faut persévérer. Parce que les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts, les plus brillants ou les plus rapides, mais par ceux qui agissent et n’abandonnent jamais.

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.