J’écris ce texte un jour de pluie
Vous lui pardonnerez (ou pas) d’être gris
Ou d’être aigri, au choix

La neige brune en mottons fond
Les chevreuils mangent tout ce qui sort de terre
Ils ont eu faim cette année, scrappé mes cassis
La seule place où j’ai mis le feu, jusqu’ici
C’est dans mon poêle à bois. Par choix.

Je voudrais vous parler du fait qu’on se parle, mais ce serait faux
Montréal et sa ceinture fléchée de chasteté
Québec, Régis et les radios-égouts dégoutées
Je monologue à vos oreilles condescendantes
Encore une fois une histoire de fric chaud

En marge du pays, en périphérie de l’histoire
Ma petite péninsule du nord-est de l’Amérique
Agonise en silence bien plus qu’on ne le pense
Entre les cadeaux aux amis du parti cyniques
L’espoir
Et le miracle d’une cimenterie en forme d’éléphant
On trouve des bouts de quais à la dérive à travers le frasil du printemps
Et des représentants qui nous lavent plus blanc que blanc

Entre le pétrole à propos duquel on ne nous a rien demandé
Et pour lequel on ne va rien nous donner
On s’apprête pour l’acte final d’un théâtre de guignols :
On va racheter ce qui était à nous, avant qu’on nous le vole
Il reste des voix à l’heure qui prétendent porter notre parole
Mais pas trop fort, pas trop souvent, pas trop loin, pas trop grand
Mais pas trop, finalement
C’est jamais le bon temps
« Après mon mandat, ce sera meilleur, sûrement »

Je voudrais vous dire qu’on fait ensemble tout ce qu’il faut
Mais ce serait faux
Au moment où j’écris ces lignes, des camarades se préparent
À recevoir publiquement des coups de matraque pour prouver
Que les flics donnent publiquement des coups de matraque
Comme à chaque année, au début mai
Et comme dans la cour d’école, tout le monde va crier
« C’est eux qui ont commencé! »

On juge aujourd’hui au tribunal un lanceur de boulettes de papier
Il aurait crié : Viva la revolucion
Il sera condamné à se taire
Quel que soit le verdict de la clique
Le papier et le lanceur ont été plus froissés que le veston visé
La cravate et ses singes ont craint le pire
Plus que largement mérité
*Nombreux soupirs*

Je voudrais vous dire qu’on se concerte et qu’on collabore
Tous unis pour un futur plus radieux en or
Mais ce serait tellement tellement faux
Les instances qui déjà nous représentaient mal
Ont été abolies et remplacées
Par rien du tout, dans le meilleur des cas
Par pire, bien des fois
Et la parole citoyenne se meurt
De ne savoir trouver d’oreille digne qu’elle s’y déverse
Et les larbins se parlent entre eux, certains de représenter tout le reste

Je voudrais vous dire qu’on nous consulte sur les questions importantes
Et ce serait très drôle que vous vouliez le croire
On nous refuse l’accès, on doit rester dans le couloir et manquer la fête
Ou se faufiler sous le nez d’un policier et de son air bête
Et par notre présence, troubler la réunion
De ceux qui disent parler en notre nom
Porter haut et fort la parole de la région
Monsieur Sébastien Proulx
C’est une strophe juste pour vous
Mais je ne me fais pas trop d’idées sur votre appétit
Pour la poésie
Votre attaché au bout de sa laisse
Vous fera un résumé préservant votre noblesse
Et mon message mourra ici

Alors, il reste quoi aux sans-voix
Une fois aux quatre ans planter sa croix?
Crier dans le virtuel néant
Et prier pour que les algoryihmes inondent les écrans
De sempiternelles jérémiades de région malade
Entre la guerre en Syrie et et le pot de Justin
Les élections en France qui laissent tout le monde sur sa faim
Les allégations sur les vieux politiciens requins
Et Trump le va-t’en guerre, non mais quel crétin!
Il n’y a pas beaucoup de temps pour s’informer de son voisin
Peut ben crever. Ca change rien.
Il est loin
L’avion-ambulance peut pas atterrir dans le petit aéroport
On s’excusera bien fort à la famille du mort

Il y a des moments où le calme de surface
N’est qu’apparence
Quand en amont, cède le bois et craque la glace
La débâcle se fout bien du bon sens

La neige fond et les rigoles deviennent ruisseaux
Le vieux pont est emporté par la crue des eaux
La force des gouttes réunies en une puissance éphémère
L’appel de la mer ne souffre point d’entraves
Tout est clair dans l’itinéraire
Après, tout sera vert et plus calme
La saleté de l’hiver, le printemps la lave

Tiens, je vois briller le soleil, je pense
Au fond de mes poing serrés aux jointures blanches
On sait jamais, ce serait drôle pareil, et plein de sens
Que je ne sois pas tout seul à espérer l’été en son absence

Je n’ouvrirai la main que pour prendre la tienne
Marche un peu avec moi, les temps doux reviennent
Tu connais le trajet, même si on ne sait pas où on va
On s’arrêtera quand on y sera

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Bilbo Cyr
Bilbo Cyr

Je suis un iconoclaste incisif et subversif, porté à dire l’indicible pour qu’il cesse de l’être. Je suis un adepte du crayon pointu qui crève les yeux entre les lignes et un gymnaste du sous-entendu. Pas que je sois peureux, mais je crois qu’il est souvent dangereux d’être trop clair. Ça agite les esprits obtus et leur suggère de douteuses initiatives. Alors je métaphore à outrance. La créativité qui se manifeste à travers le chaos, c’est toujours ça de gagné. Puis, ça permet de n’être compris que par des gens intelligents… J’habite et suis habité par une péninsule que les sans-visions, du haut de leur siphon, appellent « région-ressource ». Pour la plupart des Québécois, c’est une presqu’île au bout du monde, dont on fait le tour en trois-quatre jours, pendant les vacances de la construction, quand le gaz n’est pas trop cher. Pour ceux qui y vivent, c’est un terroir d’espoir et de grogne. Son potentiel est spataragonflant, mais son développement se fait souvent par des borgnes avaricieux et vicieux, en mitaines pas de pouce, qui rêvent de fortune facile avant la fin du mandat. C’est qu’on ne nous demande plus jamais notre avis sur ce qui doit advenir de nous. J’ai pris l’habitude de le donner quand même. Ça m’a fait une collection d’inimitiés hautes placées. C’est un loisir comme un autre. L’alternative serait de me taire et je ne sais pas comment faire. Je suis venu à l’action collective par nécessité : changer le monde tout seul, c’est compliqué et pas très efficace. C’est par la bouche et par l’oreille que germe lentement le changement. J’ai choisi les mots comme arme et comme soupape. Je vous en livrerai ici quelques échantillons à l’occasion. La posologie est à votre discrétion.