C’est d’actualité actuellement de critiquer la validité des informations qui circulent dans les médias sociaux. On le sait, les personnes se limitent de plus en plus à ce qui est partagé dans leurs réseaux sociaux pour se tenir informés, ce qui les limite parfois à de l’information non-vérifiée et définitivement non-objective. Par contre, ça présuppose également que nous avons besoin de médias traditionnels pour départager pour nous le vrai du faux et faire le point sur ce qui se passe ailleurs. Voici deux situations où les médias sociaux ont, pour plusieurs, sauvé la mise.

Le Vénézuela

Ça brasse, en avril, au Vénézuela. Le saviez-vous? Plus de 35 personnes sont mortes à cause de la répression exercée par le gouvernement lors d’une dizaine de manifestations.

Depuis quelques années, le pays est défini dans les médias comme « en crise », en raison d’une situation économique qui s’aggrave de plus en plus, de famines, de manque d’accès à des ressources médicales, de l’augmentation des prix des biens de consommation et d’une souffrance générale de la population. Au centre de cette situation merdique, la branche exécutive du gouvernement saisit une opportunité de renforcer encore plus la concentration des pouvoirs, amorcée déjà sous celui de je-suis-pas-un-dicateur-je-voulais-juste-être-président-pour-la-vie Chavez.

En effet, le président actuel, Maduro, et son gouvernement bloquent systématiquement les procédures politiques (élections locales, référendums, etc.) qui pourraient les renverser. Cette centralisation a culminé en mars 2017, lorsqu’il a dissous le Parlement (juste de même!) pour rapatrier les pouvoirs législatifs au sein de la branche exécutive. Il est également accusé par une partie de son peuple et de la communauté internationale de contrevenir sérieusement aux droits humains.

En avril, donc, les manifestants sortent dans la rue, pendant que le président utilise toute sa force et son poids pour empêcher la couverture médiatique de ces protestations massives. Quelques médias internationaux ont rapporté les faits. Pour ma part, ce sont dans des médias sociaux que j’ai pu prendre connaissance de ce qui se passait, de la bouche même des protestants en train de vivre les événements. Chaque jour, les forums ont été alimentés de photos, d’histoires et d’appels à l’aide : « Savez-vous ce qui se passe? Sommes-nous seuls? ». Un homme raconte le désespoir de voir son pays sombrer et raconte le jour où il a dit à sa femme « je pense que nous sommes dans une dictature ».

 

La Serbie

La crise en Serbie, en comparaison, peut sembler moins intense, mais les enjeux sont semblables. Là-bas aussi, les citoyens manifestent, mais se sentent seuls dans leur protestation parce que le gouvernement bloque la couverture médiatique des événements.

Lors des élections début avril, le président nouvellement élu (et ancien premier ministre), Vucic, a remporté 55% du suffrage. Rapidement, il s’est fait accuser par l’opposition et différents groupes d’avoir truqué les élections et compromis la démocratie, soupçons issus du déclin des libertés médiatiques et civiles perçues par les citoyens durant ses années comme premier ministre.

Les médias que j’ai consultés mentionnent les accusations et les protestations, mais entrent assez peu en détails sur les raisons qui poussent les citoyens (étudiants, travailleurs et mêmes membres des syndicats de la police et des forces armées) à sortir dans les rues. Sur les médias sociaux, les Serbes racontent leurs histoires. Telle personne devait prouver à son employeur qu’il avait voté pour Vucic sous peine de perdre son emploi. Tel autre raconte que son grand-père a voté, pourtant mort depuis 10 ans. Ou que des personnes du parti offraient 10 euros et de la nourriture aux itinérants en échange de leur vote.

Et d’autres Serbes disent au contraire qu’ils comprennent les doutes de leurs concitoyens mais ne croient pas à la thèse de la corruption…

En somme, les médias traditionnels parlent de ces événements, mais parfois de façon assez froide, distancée, une nouvelle en passant. Et c’est un peu normal, il se passe tellement de choses! En attendant, les populations locales voient LEURS médias se taire. Pour eux, les médias sociaux restent l’échappatoire, le défouloir, la liberté. Et pour nous, il s’agit d’autres informations à comparer avec ce qui est accessible ailleurs pour nous former une opinion.

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1 Commentaires

  1. Myriam,
    Tu es sur le bord de me convaincre de jeter un pont dans ma fracture numérique facedebookienne…
    J’y pense.
    Merci!

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Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, pour aboutir chez Communagir, à Montréal, comme chargée de projet et de recherche. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! En tant que fouine, je vais donc fouiller pour vous dans des publications, des conférences ou des communications, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?