C’est la Fête du travail, je suis devant mon ordinateur et ça ne me fait pas particulièrement plaisir. Je reviens de mes vacances sur la Côte-Nord et j’ai encore la tête remplie du fleuve et les jambes remplies de piqures de mouches. Je feuillette Internet à la recherche d’un sujet de billet et je me rends compte de la multitude de choses qui m’ont échappé. Qui ne sont pas sorties dans mes médias sociaux. Que mes amis n’ont pas abordées dans nos conversations. Et qui, même si on en a peut-être parlé aux nouvelles, ne sont absolument pas entrées en contact avec moi.

Ça m’a ramené à la suite de ce billet : Se sentir proches et avoir de la pogne. Je vous y laissais sur une note : la proximité, c’est un atout, mais aussi un danger.

Le danger de la proximité, le voilà. Le danger de tourner en rond. Et d’échapper des affaires.

On se rappelle que je ne parle pas ici de proximité physique, mais de cette proximité dans les idées, le travail, la pratique… bref, ce qui fait des acteurs du développement collectif un (ou plusieurs) réseau. Plusieurs scientifiques se sont intéressés à la question de la transmission de l’information dans les réseaux. On sait par exemple que plus on est éloigné de la source, plus la connaissance qui nous parvient a été altérée.[i] Rien d’étonnant. Ce qui étonne davantage, c’est que les meilleures sources d’information ne sont pas pour autant les personnes dont on se sent le plus proche.

En effet, un texte fondateur en sociologie[ii] paru en 1973 nous apprenait que les individus, au sein des réseaux, entretiennent des liens forts (relations fréquentes, plus intenses) et des liens faibles. Depuis, plusieurs chercheurs ont établi que les réseaux aux liens trop forts ont tendance à se refermer sur eux-mêmes.[iii] On en vient à s’échanger toujours les mêmes informations, on développe les mêmes opinions, les mêmes visions, les mêmes réponses aux mêmes questions.

En gros, des liens trop forts au sein d’un réseau peuvent nuire à l’innovation.

Il ne faut pas être trop loin de la source d’informations dans les étapes d’échange sinon l’information est faussée, mais il ne faut pas être trop proche en termes d’affinités parce que, sinon, on se dit ce qu’on sait déjà. Pas pire, hein?

Il faut donc, pour progresser et s’adapter, introduire dans ses réseaux des individus qui deviennent des synapses, des portes d’entrée vers d’autres réseaux et qui injectent de nouvelles perspectives et de nouvelles idées. On pense notamment à se lier avec des professionnels d’autres champs ou avec des acteurs qui ont d’autres types de savoirs (des chercheurs, des intervenants, des citoyens).

En tant qu’individu, on peut viser à développer différents types de réseaux. On peut se lier autour d’un intérêt commun, on peut développer des affinités à force de se côtoyer ou on peut s’intéresser aux individus géographiquement proches de nous. En élargissant les sources, les raisons qui nous amènent à entrer en relation avec les autres, on multiplie ses réseaux. Ça peut être aussi simple et compliqué que de ne pas habiter dans le même quartier où l’on travaille ou de ne pas être seulement ami avec ses collègues.

En tant que champ, le développement collectif doit trouver un juste équilibre entre créer un sentiment de proximité (avoir l’impression d’être un groupe qui travaille à l’atteinte d’un même idéal, en utilisant les mêmes mots et en se reposant sur des valeurs communes) et s’ouvrir vers l’extérieur. Il faut protéger notre champ de pratique, mais y accueillir des nouveaux alliés.

Il faut avoir des personnes convaincues comme nous, avec qui les bases ne sont pas toujours à redéfinir et qui nous permettent d’aller plus loin. Il faut aussi des tannants qui nous questionnent sur ce qui nous semble évident.

Simple de même.


[i] LEIBOWITZ, Jay et Kelvin CHAN, 2015, “The synergy of social network analysis and knowledge mapping: a case study”, International journal of management and decision making, Vol 7, No 1

[ii] GRANOVETTER, Mark, 1973, “The strength of weak ties”, The American Journal of sociology, Vol 78, No 6, p.1360-1380

[iii] LEMIEUX Vincent et Mathieu OUIMET, 2004, L’analyse structurale des réseaux sociaux, Les Presses de l’Université Laval, Québec,

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Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, notamment chez Communagir, à Montréal, pout aboutir comme travailleuse autonome à Québec. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! Comme blogueuse, je souhaite vous partager mes lectures et mes trouvailles, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?