Il y a dans mon coin de pays, dans mon bout du monde, des gens qui inventent le sens dans les marges. Parce que ce festival tient surtout par une chose grandiose, c’est à ses bénévoles que je rends ici hommage. Quand viendra le temps gris et que vous rêverez de voyage et d’été, si d’aventure vous faites pas juste le tour en trois jours, vous prendrez le temps de vivre ce festival qui tient ensemble parce qu’il est plein d’amour.

crédit photo: Marc Bert

Quand j’étais petit
Je pensais qu’on était petits pour toute la vie
Que le bout du monde, c’était loin de nous
Pis que nous, ben on n’était pas au gros bout du bâton
Mais qu’on était surtout loin de tout pis à tâton

Quand j’étais petit, je pensais qu’on était loin
Sans savoir loin de quoi
Comme si un vide était généré
Entre ici pis ailleurs,
Qu’il me manquait quelque chose
Que je pouvais pas nommer
Parce que je savais pas ce que c’était
Ouais, il me manquait un petit bout

Je suis encore petit mais j’ai compris
Que c’est d’en dedans qu’on grandis
Petit à petit, pis bout à bout
Quand on raccomode les doutes pis les ambitions
Pis qu’on reviens au bout du chemin
Le bon sens est là, qui tend les bras, à plein horizon

La culture enrichit tous ceux qui s’y prennent
Nourrit les racines du territoire
Ancrées profond, jusqu’au fond des veines
Qui tiennent debout contre vents et marées
Les fous pleins d’espoir de passer quand même
Qui prennent les vagues de face en riant
Et qui tiennent le cap dans les tempêtes et les ans

Ceux-là, suis-les si t’as la chance de les croiser
J’ai cru entendre qu’ici c’était déjà arrivé

J’ai compris aussi que pour faire du feu, ça prend toujours du bois
Ben souvent sur ton temps pis sur ton bras
Mais que la chaleur qui nous chauffe tous
Est ben plus grande si on souffle tous en même temps
Sur un petit bout de bois
Un petit bout de temps

Le feu qui suit après dépendra surtout de ce qu’on y met
Un petit bout de bois ou toute une forêt
Ça dépend de l’ampleur des ambitions
Du réel, du nombre d’amis et de passions
L’espace et le temps
Ben souvent c’est aussi de l’argent
Mais il y a autre chose

Les ramasseurs de bois
La légion, la horde souvent invisible
Tout autour, dans l’ombre,
Ils trébucheront et se relèveront
Parce qu’il faut tenir un petit bout de feu pour tenir un petit bout de lieu
Tous savent qu’il y aura des chansons et des sourires pour tout le monde
Quand la marmite aura bouilli au bout des mille ramilles
Les papillons au fond du ventre ne seront plus des chenilles

Alors chacun porte une branche et une bûche et un billot,
À bout de cœur, à bout de sens, à bout de bras
Et se fait humble face à la magie
Qui ne demande qu’à se passer
Et à durer toute la nuit

Toute la nuit
C’est déjà rare

Mais ici, on passe à travers de l’aurore
Sur le bout du bout ou rien pantoute
Sur une terre qui à nous autre, après tout
La face dans l’est, à se lever avec
Le soleil flambant neuf
Dans les yeux brouillés du matin
Qui perce entre les deux bleus de la toile immense et sans fin

J’ai déjeuné sur les cordes raides
D’une belle au violoncelle et son air de fête
Entre les restants de la veille et les pas réveillés
J’ai vu une baleine au large ou un mirage
Ou bien je l’ai rêvée, peut être
Mais je vous jure que j’ai vu
Une grêle de fous qui se tanneraient pas de l’être

C’est là que j’ai compris
La profondeur de ce qui me fait d’ici
Bien sûr, l’air du large et les montagnes
C’est comme une évidence à force d’habitude
Mais aussi et surtout la main tendue et l’épaule à la roue
L’envie d’aider jusqu’au bout qu’a eue chacun de vous

C’est la face au vent 
Par un matin pas de nuit
Devant une journée encore à faire
Que j’ai grandi et que j’ai compris
Que ce qui donne le sens
C’est bien souvent le sens qu’on y met

Les liens qui nous tiennent ensemble
S’usent plus vite quand ils ne servent pas
En s’ouvrant à l’autre, on s’ouvre surtout à soi
Je sais, je sens un peu pourquoi vous êtes là

Et je veux vous dire merci pour ça
Merci d’être là, d’être nombreux, d’être vous
Comme un rappel que la solidarité permet ici
D’être moi, d’être nous
Maintenant et à travers les ans
Maintenir une fenêtre ouverte sur le monde
Qui proclame qu’en cette terre
La main est tendue à l’inconnu
Avec la confiance et l’ouverture qu’il faut avoir
Pour accepter de se laisser dépayser
Dans son propre pays

Quand la culture d’ailleurs vient enrichir celle d’ici
On n’est plus loin de rien, on en est un petit bout, on en fait partie

La largeur de l’espace donne envie de chanter fort
D’être fiers de nos racines et de notre sort
Quand on voit que le temps d’une fin de semaine
La rue n’est plus celle de la Reine
Mais celle des ménestrels et des troubadours
Qui viennent de partout pour y passer le jour
Et que la nuit n’y gagne jamais le silence cru
Qu’après le passage titubant
Le regard brillant encore de la scène sanctifiée
Des derniers fêtards satisfaits
D’avoir allongé la journée

Et même s’il pleut parfois sur la rue endimanchée
Comme un rappel que la mer veille, là au large
Avec son sel et ses squalls à pleines plages
Tout flotte et personne ne craint le naufrage
On sait bien qu’ici, on fait partie du paysage

Les grandes marées ont beau déferler
Du bout de Grande-Grave
Jusqu’au fond de la baie de Gaspé
Plantés comme des épis pour contrer l’érosion culturelle
Vous êtes là, à tenir le front du réel
Qui de son corps, de son temps
De son sens ou de son chant

Merci de souffler sur la braise
Et d’inviter l’inconnu à se réchauffer
Ce qui nous fait appartenir à notre bout du monde
C’est le feu qu’on a en dedans
Et la fierté qui reste d’être encore debout après la tempête
Avec toujours le goût et le sens de la fête

Après mille dépossessions tranquilles
Et les hivers noirs des dérangements
Entre la morue à crédit et la fermeture de la fonderie
Il reste encore au fond de l’âme
Le poing serré qui tient haut les armes
Et la certitude d’être debout
Pour crier à la face du monde
Qu’on est ici, d’ici, et que c’est ici chez nous
Et que si on est loin de quelque chose
Sur notre petit bout de côte
On est surtout loin d’être comme les autres

Cette force que j’ai de dire «nous», je vous la dois
Je sais un peu plus qui je suis grâce à vous
Et on est tous plus riches de cela
C’est à cause de vous qu’on sait maintenant où est le bout
Et même si certains doutent
Et terminent ici leurs errances
Nous ne sommes pas au bout de la fin, mais à celui qui commence

Que ce festival jamais ne s’essouffle
Qu’encore devant viennent mille éditions
Et cent mille bénévoles pour en porter un bout
Et en donner le ton

Je vous lève mon verre, traceurs de route
Qui êtes prêts à vous mouiller pour entendre des chansons
Au bout du monde, il y a du monde au bout
Qui ont le sens du don

Maintenant que je l’ai, je sais ce qui me manquait
C’était de tenir mon pays par un petit bout
Que je ne lâcherai plus jamais
Parce que c’est lui qui nous tiens tous
Et qu’on ne sera jamais petits pendant
Qu’ensemble, on porte quelque chose de plus grand

Je suis venu aujourd’hui vous dire
Que ce que vous faites est important
Vous changez le monde par en dedans
Avec vos gestes et votre temps
Comme un caillou dans l’eau qui fait une onde
Vous changez le bout du monde

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Bilbo Cyr
Bilbo Cyr

Je suis un iconoclaste incisif et subversif, porté à dire l’indicible pour qu’il cesse de l’être. Je suis un adepte du crayon pointu qui crève les yeux entre les lignes et un gymnaste du sous-entendu. Pas que je sois peureux, mais je crois qu’il est souvent dangereux d’être trop clair. Ça agite les esprits obtus et leur suggère de douteuses initiatives. Alors je métaphore à outrance. La créativité qui se manifeste à travers le chaos, c’est toujours ça de gagné. Puis, ça permet de n’être compris que par des gens intelligents… J’habite et suis habité par une péninsule que les sans-visions, du haut de leur siphon, appellent « région-ressource ». Pour la plupart des Québécois, c’est une presqu’île au bout du monde, dont on fait le tour en trois-quatre jours, pendant les vacances de la construction, quand le gaz n’est pas trop cher. Pour ceux qui y vivent, c’est un terroir d’espoir et de grogne. Son potentiel est spataragonflant, mais son développement se fait souvent par des borgnes avaricieux et vicieux, en mitaines pas de pouce, qui rêvent de fortune facile avant la fin du mandat. C’est qu’on ne nous demande plus jamais notre avis sur ce qui doit advenir de nous. J’ai pris l’habitude de le donner quand même. Ça m’a fait une collection d’inimitiés hautes placées. C’est un loisir comme un autre. L’alternative serait de me taire et je ne sais pas comment faire. Je suis venu à l’action collective par nécessité : changer le monde tout seul, c’est compliqué et pas très efficace. C’est par la bouche et par l’oreille que germe lentement le changement. J’ai choisi les mots comme arme et comme soupape. Je vous en livrerai ici quelques échantillons à l’occasion. La posologie est à votre discrétion.