Samedi matin, tout va bien. L’arôme du café me fait sourire, le soleil est radieux, une autre belle journée qui s’annonce. Devoir citoyen ou masochisme, j’ouvre le journal : fronde des pharmaciens contre Barrette, l’insupportable course au leadership du PQ, un rappel que les candidats pour la présidentielle américaine sont les moins aimés de leur histoire politique… Misère! La démocratie se porte mal.

Il est difficile pour moi d’en juger (il semblerait qu’on soit toujours convaincu de vivre une période différente des autres), mais j’ai l’impression que cette impasse démocratique et notre sentiment d’impuissance face à celle-ci atteignent toujours de nouveaux sommets.

Le billet de la semaine dernière de M. Béland, « La monacratie », est très éclairant pour comprendre le projet démocratique d’origine et les glissements qui ont fait que nous ne l’avons jamais vraiment vécu.

Dans le même esprit, Michel Venne commence ainsi son dernier billet, « Le tabou du pouvoir en participation citoyenne » : « Plus on parle de participation citoyenne, moins les citoyens ont-ils l’impression de détenir du pouvoir dans la société. Le sentiment d’impuissance s’accroît devant la complexité du monde.»

Le sentiment d’impuissance paraît largement partagé. Les pouvoirs et les contrepouvoirs semblent tous englués par les avancées du néolibéralisme : le pouvoir de l’argent et de l’élite économique. L’indignation des citoyens devant les frasques de cette élite économique est d’ailleurs au goût du jour. L’impuissance peut avoir cette fâcheuse tendance à mener au repli sur soi – « chacun pour sa gueule ». Elle peut aussi engendrer la prise de risque. Dans les moments de crise, quand on se dit que ça ne peut pas être pire que ce que c’est en ce moment, on est plus enclin à prendre de risques. Ça peut être un terreau fertile pour miser sur la solidarité, mais ça peut aussi donner Trump. Cet état de fragilité est explosif. Ça me donne le frisson.

Peut-être que je suis rendue un peu parano, mais je trouve que les scénarios d’asservissement, d’aliénation et de dépossession totale de nos pouvoirs jonchent beaucoup plus notre imaginaire que les scénarios où on reprend le pouvoir, où on arrive à vivre ensemble en prenant soin les uns des autres. Il faut faire circuler les idées qui donnent espoir de s’en sortir, qui nous permettent de croire que c’est possible. C’est d’ailleurs la prémisse de l’excellent documentaire « Demain ».

Des idées pour redonner du pouvoir aux citoyens

Il y en a plein. Dans l’histoire, les théories et les tentatives pour y arriver affluent. Certaines ont été plus porteuses que d’autres, mais il n’en reste pas moins que la « démocratie » actuelle n’est toujours pas celle du peuple.

Au compte des idées, celle que j’ai trouvée a priori la plus farfelue pour redonner un souffle démocratique à nos institutions est celle du tirage au sort de nos représentants, dans la population. L’argument de base de ceux qui font la promotion de cette idée est que, dans notre système judiciaire, le tirage au sort fait partie du processus de sélection des jurés et que malgré quelques écueils, ce système fonctionne bien.

Ça me semblait une pure lubie, surtout si on généralise l’idée et qu’on imagine un Parlement entièrement tiré au sort. Non seulement je n’avais pas vraiment confiance au résultat, mais je me disais que ces personnes auraient vite fait de se faire embrigader par des lobbys de toutes sortes. Exit le tirage au sort.

Depuis un moment, un des remparts importants sur lequel on a misé pour pallier les écueils de la démocratie représentative est la participation : celle des citoyens et celle de la société civile. On constate aujourd’hui que cette participation est souvent galvaudée, les mécanismes formels sont instrumentalisés et laissent souvent peu de place à l’opinion citoyenne désintéressée. Bref, ce n’est pas le contrepouvoir qu’on avait imaginé. Il faut continuer de défendre la participation, je m’y engage d’ailleurs personnellement, mais est-elle, à elle seule, porteuse du renouveau démocratique dont on semble avoir cruellement besoin?

Alors surprise générale, cette idée de tirage au sort revient me hanter. Finalement, ce n’est peut-être pas si bête que ça. Sans avoir un Parlement tiré au sort, on pourrait avoir des mécanismes de contrepouvoir citoyen, non expert, non élu : pour des décisions ponctuelles, des commissions parlementaires, des études de projet de loi, des audiences sur des projets X, Y, Z. Des groupes de citoyens tirés au sort qui agissent comme gardien de la démocratie et à qui on confie un réel pouvoir décisionnel.

Pourquoi pas? On commence par essayer et on verra. Au point où nous en sommes, il ne fait plus de doute pour moi que l’intérêt collectif y serait mieux représenté. Bref, j’aurais envie de prendre le risque du tirage au sort et faire confiance à mes concitoyens. Et vous?

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Sophie Michaud
Sophie Michaud

Le développement collectif, et tout ce qui gravite autour, m’anime de la profonde conviction qu’on pourra enfin « sauver le monde », une collectivité à la fois.