C’est sur fond de rentrée scolaire et de campagne électorale que je me confie à vous. J’ai peur de l’intelligence artificielle, de Big Data, des algorithmes et des géants des données personnelles… je me crispe à chaque fois qu’on en parle. On dit souvent que l’ignorance nourrit la peur. C’est bien le mal qui m’afflige!

En sillonnant les routes du Québec cet été, j’ai écouté «Bienvenue en 2067», une série radio futuriste animée par Jean-René Dufort, diffusée à l’été 2017 sur les ondes d’ICI Première. Chacun des épisodes porte sur un thème : transport, alimentation, économie et gouvernance, emploi et éducation, etc… Étrangement, si le futur est loin d’être rose, cette émission m’a quand même apaisée.

Une chose qui sort très clairement dans quasi tous les thèmes, c’est la prédominance des données, des technologies connectées et de l’intelligence artificielle. Misère! De manière corollaire, on souligne toujours les débats d’idées et les choix collectifs qui auront eu cours, d’ici 2067, devant les différentes possibilités que présente l’avancement des technologies.

Cette projection dans le futur, dans de multiples facettes de nos vies, allant des vêtements connectés qui envoient des informations à notre médecin, en passant par des algorithmes qui pourraient gouverner des villes, j’ai compris que ça allait se passer, que je résiste ou non! Je mets donc fin au déni. Je vais être au rendez-vous, m’informer et m’intéresser au comment, à l’éthique et à la qualité des dialogues sociaux qui guideront les avancés.

Il y a un enjeu de pouvoir assez fondamental qui s’érigent devant nous, tant pour les individus, les collectivités que les nations. Pour l’heure, les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], des entreprises américaines, concentrent les données personnelles et trônent au sommet de ces évolutions technologiques.

Pour ne pas baisser les bras devant ces géants, ne pas être dépossédé, ne pas céder à l’apathie, je crois qu’on a une bonne côte à remonter. D’une part, il sera nécessaire d’améliorer la qualité de nos dialogues sociaux et de notre prise de décision collective. Si la discussion sur l’intelligence artificielle ressemble à celle sur la diversité, on n’est pas sorti de l’auberge. D’autre part, il est déterminant de s’éduquer aux technologies, de parfaire nos connaissances et donc, de miser sur la littératie numérique[1]. Alors que l’on utilise les technologies connectées tous les jours, je ne crois pas être la seule à se sentir dépassée.

En commençant mon billet et mes recherches, j’étais persuadée d’être une illettrée numérique. Tout me semble complexe et mélangé : technologie, information, médias, data, intelligence artificielle. Au-delà de cette confusion [qui demeure par ailleurs!], quelle ne fut pas ma surprise de comprendre qu’au-delà de quelques compétences plus techniques, la littératie numérique inclut également plusieurs compétences liées au jugement critique, à la créativité, à l’action sociale, etc. On doit apprendre à faire un usage pertinent, sécuritaire et socialement responsable des technologies. D’ailleurs, plusieurs spécialistes du domaine élèvent leur voix contre l’idée reçue que les jeunes apprennent le numérique tout seuls, parce qu’ils sont tombés dedans lorsqu’ils étaient petits! Même s’ils sont plus habiles pour manipuler les technologies, ils ont besoin d’encadrement et de compétences particulières pour en faire un usage adéquat.

Je reviens donc à cette rentrée scolaire et cette campagne électorale. Comment travailler la littératie numérique de tous? Tant celle des plus jeunes, à l’école, que des moins jeunes, tout au long de la vie. Comment se préparer aux grandes conversations qui auront lieu? Dans les dernières années, on a abondamment parlé de villes intelligentes, mais on n’est pas très loquace sur comment donner aux citoyens les compétences de bases nécessaires à un dialogue et des choix éclairés face à l’usage des technologies dans différents champs de la vie publique. Ce qu’on appelle la « citoyenneté numérique » ne doit pas générer encore plus d’exclusion.

De beaux défis! De gros défis! Il y a de nombreux enjeux à venir, dans presque tous les domaines. La démocratie ne peut se passer de nous.

Heureusement, il existe plusieurs initiatives pour nous aider à apprendre, notamment en matière de TICs (technologies de l’information et de la communication). Je constate que les médias traditionnels font de plus en plus d’éducation au numérique et de plus en plus d’éducation par le numérique. Je salue à ce titre la programmation électorale de RAD. J’ai aussi hâte de voir le nouveau documentaire d’Hugo Latulippe, « Troller les Trolls », sur ce fléau démocratique qui envahit les médias sociaux. Enfin, des organismes comme le CEFRIO documentent l’évolution des tendances dans l’usage du numérique au Québec et aident les entreprises et les organisations à s’approprier le numérique. Vous comprendrez qu’il y a beaucoup plus d’initiatives, je n’en ai relevé que quelques-unes. Autant de bonnes raisons de parfaire notre éducation et de plonger dans la réalité virtuelle, numérique, augmentée en pleine possession de nos moyens.

Bonne rentrée, chers apprenants à vie!

 

 

[1] Pour en connaître davantage sur la littératie numérique, je vous réfère à Habilo Médias – Centre canadien d’éducation aux médias et littératie numérique et leur présentation des fondements de la littératie numérique.

 

 

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1 Commentaires

  1. Chère Sophie. Tu as raison que l’ère numérique qui rentre tel un tsunami a de quoi inquiéter. Je suis actuellement engagé dans la création d’une nouvelle université (www.uontario.ca) et nous faisons justement le pari du numérique. Le défi semble gigantesque, mais il faut que les communautés tirent partie de cette nouveauté et trouvent les moyens de composer avec les enjeux qu’elle introduit. Nous avons donc mis au centre des compétences que nous allons développer avec les étudiantes et les étudiants – qui ne seront pas nécessairement des jeunes – la compréhension, la maitrise et l’innovation sociale avec le numérique.

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Sophie Michaud
Sophie Michaud

Le développement collectif, et tout ce qui gravite autour, m’anime de la profonde conviction qu’on pourra enfin « sauver le monde », une collectivité à la fois.