Les Jeux olympiques viennent de prendre fin avec le décompte des médailles par pays. Ces manifestations sportives qui parfois nous éblouissent sont aussi un reflet des règles qui gouvernent nos sociétés. Les efforts qui mènent au dépassement de soi des athlètes sont louables. Mais au-delà des performances individuelles,  c’est la compétition qui domine entre athlètes et surtout entre pays.

Je m’interroge sur l’image de ces jeux de tous les excès qui sont devenus hors de prix au point d’endetter des pays et des villes pour de nombreuses années. Excès aussi dans le sport qui poussent quelques athlètes à prendre des risques pour leur santé surtout avec la tricherie qu’est le dopage. Évidemment les performances sont remarquables et peuvent inciter des jeunes à faire de l’exercice même si le rêve olympique est inatteignable pour la très grande majorité d’entre nous.

Je m’insurge surtout contre l’image qu’on a voulu donner des récents jeux olympiques comme un instrument de paix, avec le rapprochement entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Comme si la «grande fête» olympique allait résoudre les tensions géopolitiques. Au-delà de la propagande, la compétition reste déterminante dans les rapports entre pays et au sein de nos sociétés. La compétition exclut bon nombre de personnes qui, pour diverses raisons physiques, historiques, économiques et sociales, ne peuvent pas atteindre les «critères de performance» qui leur permettent de participer à la vie collective et d’être reconnues pour leur apport.

C’est le diagnostic de Marie-Anne Kraft : «Une des principales clé de la réflexion sur le moteur de fonctionnement, qui mène justement à tous ces dysfonctionnements sociaux, économiques, écologiques et même politiques, semble être la primauté accordée à la compétition sur la coopération, répondant à une logique darwinienne de la loi du plus fort»[1]

En effet, la concurrence est à la base de notre économie de marché avec l’illusion qu’elle permettrait d’assurer la richesse collective qui sera ensuite redistribuée alors que c’est plutôt la concentration des richesses aux mains de quelques privilégiés (le fameux 1%) qui en résulte.

Dans les services publics, la mise en concurrence avec le privé est souvent présentée comme la voie privilégiée pour plus d’efficacité.  En santé on voit se développer des cliniques médicales privées qui fournissent des services en accéléré moyennement paiement alors que le personnel insuffisant du réseau public peine à remplir ses obligations professionnelles et est au bord de l’épuisement. En éducation, le réseau des écoles privées qui sélectionnent leurs étudiants est soutenu par l’État alors que l’école publique manque de ressources pour les élèves en difficulté. Cette approche qui vise à mettre les services publics en compétition avec le privé conduit aussi à l’inégalité de répartition sur le territoire et entre les «clientèles» sélectionnées  sur la base de leurs moyens. À terme, cela mène à la privatisation plutôt qu’à l’optimisation des services.

Au plan international, la compétition pour les matières premières, l’énergie, l’eau et même les terres agricoles augmente le risque de conflits mais surtout elle épuise notre écosystème. Les accords pour contenir le réchauffement climatique sont inapplicables tant que les pays riches ne parviennent pas à réduire leur consommation pour qu’elle soit soutenable et pour assurer une meilleure répartition des richesses limitées de notre monde.

Le développement collectif contribue à inverser ce rapport entre une approche de coopération et une approche de compétition. Il s’ancre aux paliers local et régional mais porte aussi des perspectives de changement plus vastes. L’approche coopérative n’est pas seulement une façon différente de travailler, de s’organiser. Elle peut paraître moins efficace au premier abord lorsqu’on prend le temps nécessaire pour fixer un objectif basé sur l’intérêt commun, sur un partage des responsabilités qui tient compte des ressources et des contributions de chaque partie. En misant sur la confiance mutuelle, sur la solidarité et sur l’intérêt commun plutôt que la recherche du gain maximum, elle favorise l’inclusion et l’équité pour le plus grand nombre. En somme, mieux vaut un résultat optimum pour tous qu’une médaille d’or à l’issue d’une compétition.

 

 

 

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[1] M-A Kraft, Coopération plutôt que compétition : la clé pour changer de modèle de société, sur Médiapart, 25-08-2010, consulté le 26-02-2018

 

 

 

 

 

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Jocelyne Bernier
Jocelyne Bernier

Pourquoi participer à ce blogue ? Pour partager mon expérience et mes réflexions sur les défis du développement collectif et pour continuer de progresser ensemble malgré des vents contraires. Je vous laisse avec ce mot de l’humoriste Francis Blanche : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement !»