Quand nous casserons la prochaine pince de crabe…

On l’attendait avec impatience. Oui, l’arrivée du printemps bien sûr. Mais dans les prochains jours aussi, les amateurs de fruits de mer auront le grand plaisir de goûter le crabe « nouveau ».

Quand ce magnifique crustacé se présentera dans votre assiette, son périple aura été facilité par des travailleuses et travailleurs bien contents de reprendre le boulot.

En fait, ces artistes de la transformation (Sceptique? Essayez de faire comme eux pour voir…) seront soulagés d’être passés à travers le rude hiver, mais surtout d’avoir survécu au « trou noir ».

Le « trou noir ». C’est ce terme qu’utilisent les travailleurs (surtout des femmes) des secteurs économiques saisonniers pour nommer la période entre l’épuisement des prestations d’assurance-emploi (le dernier chèque) et le retour au travail en avril et mai. Pour certains, ils attendent depuis le mois de février pour mettre la main sur une nouvelle paie.

Ça fait pourtant des années que les salariés, les groupes communautaires, les élus municipaux, les députés d’opposition, les syndicats et des citoyens marchent sur les quais, dans les rues des communautés et sur les collines parlementaires pour exiger des changements au « chômage ».

S’ajoutent aussi à ce mouvement les entreprises. Elles qui opèrent souvent dans de petites communautés souhaitent pouvoir protéger leur main d’œuvre. Dans le cas des pêcheries par exemple, la compétence locale près des usines, capable de « puncher » rapidement après les débarquements, est une ressource capitale. Des communautés entières comptent sur ces emplois pour rester en vie (155 travailleurs victimes du « trou noir » à Baie-Trinité).

Or, si le régime Harper se plaisait à faire la sourde oreille, l’arrivée de Justin Trudeau offrait une lueur qui s’est éteinte avec le récent budget Morneau. L’hiver prochain, des centaines de travailleurs tomberont à nouveau dans le « trou noir » avec comme seules issues la carte de crédit et le « bien-être ». Dans les régions dites « ressources », on devra encore crier son désespoir pour espérer mieux.

Or, prochainement, quand nous casserons la prochaine pince de crabe ou encore lorsque nous planterons un arbre sur le terrain (qui viendra sans doute d’un centre sylvicole saisonnier), ayons une pensée pour ces travailleurs spécialisés. Ils contribuent activement à la pérennité des entreprises saisonnières. Ils sont également des acteurs majeurs de l’occupation des territoires ruraux québécois. Et ça, faudrait bien que quelqu’un à quelque part le comprenne!

 

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Jude Brousseau
Jude Brousseau

Je suis originaire de la Beauce. De St-Bernard exactement. J’ai vraiment pris conscience du levier que représente le développement collectif lorsqu’à l’été 2005, après sept années de travail, s’ouvrait à Forestville un terrain de golf…(pas très original direz-vous!). En fait ce qui l’est vraiment c’est plus le processus que le produit comme tel… l’exercice a amené les quelque 200 membres de notre coop de solidarité à investir 1,2M$ sur un projet sur un projet de 1,8M$… du jamais vu chez-nous sur la Côte-Nord. Mobilisation, engagement et volonté d’agir collectivement sont des mots clés pour moi, tant dans ma vie « sociale » que dans la profession que j’exerce actuellement, celle de conseiller en développement social à la CRÉ de la Côte-Nord.