Buzz, buzz… Impact collectif. Mais est-ce nouveau?

L’expression « impact collectif » web-résonne de toutes parts, surtout en anglais, mais de plus en plus en français. Ce qu’elle suppose est assez simple : créer un changement en profondeur – l’impact – de façon collective.

Si cette expression est dans l’air du temps, la préoccupation qu’elle véhicule a néanmoins une longue vie. L’union fait la force, la coopération, le mutualisme, le syndicalisme, la concertation, le partenariat, la collaboration et l’intersectorialité sont différentes versions de l’action collective qui montent tour à tour au créneau du progrès.

Il s’agit d’une réalité dont la minorité francophone du Canada est bien au fait depuis longtemps, comme en attestent ses efforts séculaires de gouvernance communautaire[1]. On pourrait en dire autant des mouvements d’action communautaire au Québec.

Les écrits récents sur l’impact collectif, particulièrement du côté anglophone, semblent découvrir les bienfaits de l’action en mode concerté. Depuis environ cinq ans, cette littérature dépeint en effet la collaboration comme une innovation sociale susceptible de solutionner les problèmes complexes affectant les collectivités[2].

Toutefois, le caractère branché de l’impact collectif tient au fait qu’il s’articule à l’engouement actuel pour les résultats que l’on obtient, plutôt que pour les activités que l’on mène vaillamment. L’impact – collectif ou non – est bien sûr un résultat à moyen ou long terme.

L’impact collectif est un résultat, mais c’est aussi une approche conçue en 2011 afin de faciliter l’atteinte de cet impact[3]. Empruntons la définition véhiculée par Innoweave :

« L’impact collectif est une approche intégrée que se donne un regroupement d’organismes afin de s’attaquer à un enjeu complexe et de créer des effets populationnels concrets et significatifs pour une communauté ciblée[4]. »

Cette définition expose les principales dimensions de l’approche :

  • Enjeu complexe : l’approche est rendue nécessaire en raison de la nature complexe de l’enjeu visé. Aucun acteur ne pourrait individuellement s’attaquer avec succès à cet enjeu.
  • Regroupement d’organismes : l’approche doit donc mobiliser plusieurs acteurs, le plus souvent du secteur à but non lucratif, mais qui peuvent aussi compter des institutions publiques, gouvernementales ou même privées.
  • Approche intégrée : les efforts individuels de ces partenaires ne suffisent pas, ils doivent être déployés de façon concertée, selon une approche intégrée.
  • Effets populationnels concrets et significatifs d’une communauté ciblée : l’approche n’a pas pour but de créer un nouveau style de fonctionnement, mais de produire des résultats concrets –donc mesurables – et significatifs, c’est-à-dire qui font écho aux besoins et aux aspirations d’une population bien identifiée et engagée. Cette population est donc clairement ciblée et l’impact qui résultera de cette approche pourra être mesuré.

C’est tout un programme! L’impact collectif n’est d’ailleurs pas considéré comme une solution facile. Les discussions qui émanent des quelques 15 000 artisans[5] de cette approche à travers le monde, dont plus de 1 500 au Canada, suggèrent que l’exercice est ardu, qu’il nécessite une bonne préparation, mais aussi beaucoup d’imagination et d’adaptation afin de bien répondre aux attentes.

Même si nous n’en sommes pas à nos premières armes en matière d’action collective, l’approche d’impact collectif vaut la peine d’être tentée. Elle jette un pont entre des aspirations bien anciennes et des façons de faire très actuelles.

 

[1] Johnson, M. L. (2010). « Gouvernance communautaire de la minorité francophone : un patrimoine culturel ». Encyclopédie du Patrimoine culturel de l’Amérique française. En ligne.

[2] Le Collective Impact Forum est le point de référence de ce mouvement : http://collectiveimpactforum.org/.

[3] Hanleybrown, Kania et Kramer. (2012). « Canaliser le changement : Comment réussir l’impact collectif », dans Stanford Social Innovation Review. Version traduite de l’anglais disponible chez Dynamo Collectivo.

[4] Innoweave. (2017). L’impact collectif en DAC. Atelier 1. Présentation PowerPoint 3 avril 2017.

[5] Ils forment une communauté d’apprentissage au sein du Collective Impact Forum : http://collectiveimpactforum.org/

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Marc L. Johnson
Marc L. Johnson

Je me présente aujourd’hui volontiers comme sociologue-conseil, mais j’ai aussi porté – ou je porte encore à mes heures – la casquette de journaliste, d’agent de communication, d’éducation et de mobilisation, de prof, de coopérant-volontaire, de consultant, de chercheur et de courtier des connaissances. Je suis acadien. Mon premier boulot fut câlleux de bingo bilingue dans mon petit village de Saint-Ignace au Nouveau-Brunswick. Comme ces boules, je n’ai jamais cessé de tourner, puis de militer, d’apprendre et de me déplacer. J’ai fait de longs séjours en France, au Cameroun, au Togo, au Kosovo et au Guatemala, et de plus courts en bien d’autres endroits. Depuis une vingtaine d’années, mon port d’attache est Ottawa-Gatineau. Pour l’essentiel, je prête mes services aux associations, institutions et gouvernements qui veulent comprendre les besoins, décoder les aspirations, détordre les politiques, imaginer l’avenir, concocter des stratégies et évaluer leurs réalisations. Mes engagements bénévoles et professionnels s’imbriquent dans une diversité de chantiers : les politiques linguistiques, la culture, les médias, le développement économique, l’emploi, l’alphabétisation, l’éducation, la justice, les services gouvernementaux, l’immigration, la santé, la gouvernance communautaire… Je vois le développement collectif comme un grand jardin. Ses graines sont des besoins réels, ressentis et reconnus. Ses jardiniers sont une large gamme de citoyens engagés, solidaires et mobilisés. Ses fleurs sentent bon le progrès et ses fruits ont le goût de la justice sociale. Nous.blogue est pour moi une belle occasion de réfléchir tout haut, de tirer des leçons, de réagir, de lancer des hypothèses, de mettre en dialogue les expériences et les intuitions des unes et des autres. Malgré tout, je me garde de céder au verbiage, car mon jeune fils prend plaisir à me rappeler que, à Gatineau comme à bien d’autres endroits, intello, c’est nul, c’est poche.