Biennale du développement social montréalais

Les 13 et 14 juin derniers le Forum régional sur le développement social de l’Île de Montréal (FRDSÎM) tenait sa deuxième Biennale au Collège Maisonneuve. Sous le thème « Montréal urbaine & sociale, croisons nos perspectives » (pdf) quelque 250 personnes se sont réunies pour discuter des enjeux du développement social pour la métropole. J’ai eu la surprise, et le bonheur, d’y participer en tant que « blogueur invité » ! Ce qui est heureux car le « budget colloque » de Gilles en vrac… avait été pas mal mobilisé ce printemps par les évènements du PhiLab (20-21 avril) et du CRISES (6-7 avril).

L’origine du FRDSÎM remonte à la fin des années ’90 alors que tout le Québec avait été mobilisé par le Conseil de la santé et du bien-êtredans une vague de forums régionaux promouvant le développement social (pdf). L’historique du Forum régional retrace le parcours qui a conduit, de 1998 à 2015, jusqu’à la première Biennale. En préparation de cette rencontre, un bilan évolutif du développement social de 1998 à 2014 (pdf) avait été réalisé sous la direction de Juan-Luis Klein, de même qu’un Portrait statistique de la population montréalaise et comparaison avec quatre voisinages (doc), réalisé par Christian Paquin. Un bilan de cette première biennale de 2015 (pdf) donne une idée du dynamisme et de la mobilisation des acteurs autour de 16 stratégies dont la 16e s’énonçait « Élaborer une politique montréalaise de développement social ».

Et c’est au lendemain du lancement, le 7 juin, de sa Politique de développement social par la ville de Montréal que se tenait cette seconde Biennale du FRDSÎM. Un des leitmotivs de la journée était d’ailleurs de « contribuer au plan d’action » pour la mise en oeuvre la dite politique.

Voyons ce que cette seconde biennale du FRDSIM nous a présenté. Je compte revenir dans un second billet sur cette nouvelle Politique montréalaise.

L’évènement était animé par une équipe de Communagir, qui avait affaire à des participants motivés, dont plusieurs membres du FRDSIM qui ont participé au cours de la dernière année à la consultation sur la dite politique  en rédigeant quelque 50 mémoires. La qualité des présentations était à la hauteur des attentes – et parmi les techniques d’animation l’idée de l’Alvéole d’innovation était la plus porteuse de sens. D’autres techniques, comme le Mentimeter ou encore la traduction de concepts en constructions Lego m’ont semblé moins « porteuses ». Peut-être certaines questions d’atelier lors des « échanges de perspectives et modélisation » se transposaient-elles mieux que d’autres en petites créations de briques de couleurs… La nôtre, de question : « Au delà du logement social, des logements locatifs et abordables assurent un accès aux personnes à faible revenu« . Pour ce qui est du Mentimeter, la question sur les conditions de réussite comportait trop de choix… pour produire autre chose qu’une macédoine. Le vote sur les aménagements réussis illustré sous forme de nuage de mots était déjà plus parlant. 

Parmi les autres éléments remarquables de l’évènement : son emplacement ! Le jardin intérieur du Collège Maisonneuve, et ses arbres impressionnants, était l’endroit idéal pour le « parcours immersif » du premier matin (une bonne façon de prendre contact) et pour les pauses et le 5 à 7. La conférence « à la TED » de M. Louis-Félix Binette ? Je l’imaginais bien à un colloque sur les nouvelles technologies d’affaires… Mais le physicien-linguiste qui se présente comme philosophe de la collaboration a bien su captiver son audience autour de 4 lentilles pour lire la complexité de notre société en réseaux qui fait « exploser notre capacité d’interagir ».

  1. La conversation globale : une seule et même conversation sur Terre.
  2. La cathédrale et le bazar : le modèle propriétaire et figé de la cathédrale VS le bazar flexible de la collaboration. (Voir le document éponyme à l’origine de cette comparaison. GB)
  3. Le versioning : la culture comme OS (système d’opération) de la société. Comment se font les mises-à-jour et l’innovation à notre culture commune ?
  4. La Ville comme caisse de résonance de la conversation globale. Le potentiel d’innovation des connexions faibles. La Ville comme accélérateur des connexions faibles.

Après la conférence de M. Binette, des connexions se sont-elles faites dans les ateliers de modélisation ? Les participants s’étaient à l’origine inscrits dans l’un des trois profils : Vivre ensemble la diversité; Vivre le quartier et Vivre la ville intégrée. Les personnes d’un même profil étaient invitées à se répartir autour de tables qui avaient chacune à répondre à une question différente. Des personnes de différents horizons (municipalité, OMH, organisations communautaires, économie sociale…) devaient « croiser leurs regards pour construire des solutions innovantes et réalistes ». Après deux périodes de discussion, avant et après le diner de mercredi, le travail en petit groupe de 6-7 personnes n’a pas permis de produire une innovation très éclairante… Bien que… Je reviendrai dans un prochain billet sur une idée surgie sur cette enclume. Toujours est-il que, après deux étapes de synthèse et distillation, ce qui a pu être présenté en plénière de clôture était plutôt général, genre voeux pieux.

Heureusement qu’il y avait l’Alvéole de l’innovation pour donner, à la séance de clôture, une présentation un peu cohérente du développement social et des enjeux des prochaines décennies : Que sera Montréal à son 400e ? Telle est la question qui a aiguillonné les travaux d’un groupe de personnes choisies, experts issus de divers réseaux engagés chacun à sa manière dans le développement social…

Les membres de l’Alvéole d’innovation (gauche à droite) : Maxim Bragoli, co-fondateur, La Pépinière I Espaces collectifs​, Gérard Beaudet, urbaniste émérite, professeur et chercheur, École d’urbanisme et d’architecture de paysage et l’observatoire Ivanhoé- Cambridge du développement urbain et immobilier de l’ Université de Montréal​, Marie-France Raynault, médecin de santé publique et directrice, Centre de recherche Léa-Roback​, Veronica Islas, directrice générale, Cric Centre Sud​, Antonin Labossière, architecte et associé, Rayside Labossière​, Mario Régis, vice-président, développement social, Centraide du Grand Montréal​, Alain Meunier, conseiller en recherche et développement, Communagir​, Cédric Constantin, chargé de projet, Groupe Mach, Véronique Fournier, directrice générale, Centre d’écologie urbaine de Montréal​ et Johanne Derome, directrice du Service de la diversité sociale et des sports, Ville de Montréal​ (absente de la photo).

Ils ont cogité durant deux jours, alimentés par les rapports d’atelier, et des échanges avec des citoyens du quartier… C’était bien de se voir rappeler que les villes, les quartiers ne se développent pas entre deux élections, mais bien sur des décennies. Les actes du Forum devraient nous permettre de retrouver le détail de cette présentation faite à plusieurs.

En après-midi de la première journée la formule de deux périodes d’atelier sur des « pratiques inspirantes » suivies d’un « fishbowl » rassemblant plusieurs ateliers où les participants étaient invités à se joindre spontanément au « bocal » de 4 ou 5 personnes afin de commenter ce qu’ils venaient d’entendre. Je n’ai pas pris beaucoup de notes dans cette partie, étant trop souvent « dans le bocal »… Mais les conférences de M. Gravel sur Piéton Québec et celle de M. Rondia, sur le projet ILEAU, ont été plus qu’inspirantes… encourageantes. Je connaissais Piéton Québec, à titre d’abonné de la page Facebook de l’organisme. Les lobbys de l’automobile sont encore très puissants et la défense et promotion de villes et de quartiers pensés d’abord pour les piétons avant que d’être des lieux de circulation et de stationnement de mécaniques dangereuses et polluantes (mes qualificatifs) doivent être soutenues et encouragées. Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, nous présentait le projet Interventions locales en environnement et aménagement urbain (ILEAU) réalisé dans l’est de l’Île : concours d’aménagement des espaces autour des arrêts d’autobus; les bûcherons d’asphalte… Je vous le dis, plus qu’inspirantes, enthousiasmantes.

Ron Rayside, de Rayside Labossière et Lyndsay Daudier, de la Maisonnée l’innovation sociale, durant leur conférence-dialogue d’ouverture

Parmi les autres moments inspirants je compte les interventions de Ron Rayside, en conférence-dialogue d’ouverture et aussi en introduction des ateliers du profil Ville intégrée. La firme Rayside-Labossière a contribué, à mon avis, du meilleur mémoire lors de la consultation conduisant à la Politique de développement social. De nombreux projets structurants sont sur la table à dessins de la Métropole actuellement. Seulement dans le sud de l’arrondissement Ville-Marie, on parle de 17,000 logements qui seront construits. De nouveaux quartiers à construire qui devront tirer leçon de Griffintown et prévoir, réserver tôt dans le processus de développement les espaces publics et communautaires qui seront nécessaires à ces nouvelles collectivités. Avec la création des deux centres hospitaliers universitaires, la délocalisation de plusieurs communautés religieuses, de multiples édifices institutionnels à valeur historique devront être réhabilités et convertis à d’autres vocations. C’est l’occasion de prévoir, et réserver pour des fins de services de proximité une partie de ces espaces en transition. Le mémoire de Rayside-Labossière met en lumière la complexité inhérente aux dynamiques de quartier (coeurs, pôles) pour Ville-Marie. On se prend à rêver d’un tel portrait pour l’ensemble de Montréal. C’est aussi un des rares mémoires à avoir analysé sérieusement l’importance du transport collectif du point de vue des travailleurs à bas salaire, qui n’ont d’autre choix que d’utiliser les transports en commun. Le seul aussi à s’être prononcé sur le Réseau électrique montréalais (REM)  et l’occasion manquée de réduire l’inégalité en matière de transports collectifs qu’il représente en l’état actuel.

En séance de clôture, nous avons eu droit aux conférences de monsieur Richard Massé, directeur de la santé publique de Montréal, de madame Lili-Anna Peresa, PDG de Centraide,  et de monsieur Denis Coderre, maire de Montréal. Le premier nous a rappelé les trois axes d’intervention de la direction de santé publique à Montréal.

  1. La réduction des inégalités est au coeur des programmes et orientations de la DSP. Une politique de développement social axée sur l’équité – Vers une réduction des inégalités sociales de santé à Montréal : tel est le titre du mémoire déposé dans le cadre de la consultation Vers une politique de développement social . Logement abordable, transport abordable, aménagement du territoire, services à la petite enfance, accueil des immigrants qui accueillent eux-mêmes 50 % des enfants du territoire, alors qu’ils représentent 30% de la population.
  2. Renforcer le pouvoir d’agir des communautés, notamment en poursuivant le soutien accordé aux Tables de quartier (Initiative montréalaise de soutien au développement social local). Mais aussi en donnant accès à des données de surveillance à l’échelle locale (entre autres, les résultats de l’enquête TOPO).
  3. Par son troisième axe d’intervention la DSP souhaite contribuer à l’adoption de politiques publiques favorables à la santé. Par ses études et mémoires et par les efforts déployés en évaluation d’impact.

Lili-Anna Peresa, PDG de Centraide du Grand Montréal, rappelle le virage vers une approche territoriale réalisé en 2010. Centraide se veut un agent de changement, soutenant la synergie de tous les acteurs. « Nous sommes fiers du programme de soutien aux Tables de quartier ». Le PIC (Projet impact collectif), lancé par Centraide et 8 autres fondations de la région a reçu un prix canadien du réseau des United Way. « La réduction de la pauvreté passe par les communautés ». Le déploiement du « 211 » (Information sur les services communautaires, publics et parapublics) à l’échelle de la communauté métropolitaine constitue le legs de Centraide à l’occasion du 375e.

Pour monsieur Denis Coderre, maire de Montréal, « L’avenir passe par les villes ». Il faut reconnaître, dit M. Coderre, que Montréal s’est construite sur un territoire Mohawks traditionnel non-cédé. La 375e devrait être l’année de la réconciliation. La reconnaissance du statut de métropole de Montréal de même que les nouveaux pouvoirs dévolus aux municipalités comme gouvernements de proximité seront « le moteur des dix prochaines années ». Le maire affirme vouloir travailler avec les organisations qui existent, afin de favoriser l’inclusion et célébrer, tirer parti de la diversité montréalaise. La mise en place du Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM) devrait contribuer à cet objectif. Le maire confirme l’importance de l’habitation et du logement abordable et social. Il faudra créer de nouveaux quartiers et utiliser tous les outils disponibles (Accès-logis, les programmes de rénovation, de lutte à l’itinérance). Le maire assure et rassure que tous les grands projets de développement feront l’objet de consultations menées par l’OCPM, l’Office des consultations publiques de Montréal. Il glisse un mot sur les espaces excédentaires qui devront trouver de nouvelles vocations, citant le Children’s Hospital, en soulignant l’importance de la mixité sociale.

La deuxième Biennale aura réuni près de 250 intervenants, partenaires du développement social montréalais et permis, certainement, de croiser les perspectives. Est-ce qu’on a pu, vraiment, alimenter le prochain Plan d’action qui devrait concrétiser la Politique lancée quelques jours avant la tenue du Forum ? Je ne crois pas. Il faudra trouver d’autres moyens ou occasions et la campagne électorale de l’automne devrait en fournir quelques uns.

Je reviendrai dans un second billet sur la richesse de la consultation qui a précédé la Politique lancée le 7 juin et sur les questions et enjeux que la Politique n’a pas résolus mais qui devraient être éclairés par le prochain Plan d’action.

 

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Gilles Beauchamp