Il m’a été donné, il y a plusieurs années, de présider la Semaine du bénévolat, une occasion privilégiée de constater que, sans cette contribution citoyenne, volontaire et gratuite, le Québec ne serait pas le même et que sa population serait privée de la qualité de vie dont elle bénéficie, jour après jour. Imaginez seulement la somme que collectivement nous devrions débourser pour rémunérer, ne serait-ce qu’au salaire minimum, ces milliers de bénévoles qui oeuvrent quotidiennement sur tout le territoire du Québec et qui apportent une aide discrète, mais combien précieuse à tous ceux et celles qui en ont besoin. Nous n’y parviendrions sûrement pas! Comment défrayer les coûts de tous ces services pourtant essentiels à des milliers de nos compatriotes. En ce sens, le bénévolat est essentiel à la qualité de vie, non seulement des bénéficiaires de cette aide, mais à toute la collectivité.

Le bénévolat est aussi essentiel au projet de société dont nous rêvons, nous les Québécoises et Québécois, celui de la mise en place d’une social-démocratie, celle de la Révolution tranquille qui proposait la mise en place d’une société moderne guidée par un État catalyseur, moteur de l’économie et créateur de richesse afin d’assurer à l’ensemble de la population les services collectifs essentiels (santé, éducation, sécurité sociale). En somme, bâtir une société où chacun et chacune occupent une place et y jouent un rôle afin de vivre en toute dignité par un État qui favorise la participation citoyenne tant sur le plan de la modernisation de l’économie par la création de coopératives, de mutuelles, de fraternelles, autant d’entreprises prises en charge par les citoyens et citoyennes et contrôlées démocratiquement. Un État qui adopte des politiques sociales afin d’organiser la justice sociale. Et finalement, un État qui favorise la participation des travailleurs et salariés afin qu’ils aient leur juste part dans le partage du produit social et qu’ils puissent participer aux décisions qui déterminent la vie en société. Bref, un État partenaire de la société civile. Un État démocrate et social – de là, les mots social-démocratie.

Or, qui dit, social-démocratie, dit participation citoyenne maximale. Oui, il faut gagner sa vie, encaisser un salaire. C’est essentiel au développement économique de nos milieux de vie. C’est nécessaire aussi à la survie de chacun et chacune. Mais, il faut aussi – lorsque c’est possible – faire plus et donner de son temps, de son énergie, de son expérience, à tous ceux et celles qui sont en marche vers la création de cette société sociale et démocrate. Il faut du bénévolat. En somme, il faut apporter volontairement une aide gratuite à la bonne marche de la société, sans quoi, la social-démocratie est trop coûteuse, trop lourde à porter. Il faut de la gratuité. Sans cette aide, on chavire dans le chacun pour soi, dans un modèle où les écarts entre les possédants et les autres ne cessent de s’élargir, où la misère s’installe et les ghettos apparaissent.

Il faut de la gratuité puisque non seulement elle permet au projet commun de s’épanouir, mais permet aussi aux bénévoles de s’épanouir eux-mêmes. Car, comme l’écrivait Maslow, le bonheur n’est pas que la satisfaction de ses besoins physiologiques. Il ne suffit pas de boire, manger et se longer pour être heureux. Il faut aussi satisfaire ses besoins affectifs : développer un sentiment d’appartenance à son milieu, aimer et être aimé ! Il faut surtout accomplir des choses, être utiles, donner un sens à sa vie. Or, en ce sens, le bénévolat est une double source de bonheur : celui qui le pratique et celui qui en bénéficie.

 

 

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Claude Béland
Claude Béland

Je suis un avocat devenu président du Mouvement Desjardins. Une carrière d’une cinquantaine d’années au service du coopératisme. Une première étape en cabinet privé, ensuite à la Fédération des caisses d’économie et ensuite dans le réseau des caisses populaires. Retraité, je demeure actif comme consultant auprès des entreprises de l’économie sociale. Professeur associé à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, j’ai présidé les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Je suis président du conseil d’administration de la Fondation Lionel Groulx et du Conseil d’éthique de l’industrie des boissons alcooliques. Conférencier et auteur de plusieurs livres, je participe à de nombreux débats sur les défis contemporains.