Ces jours-ci, mes réflexions sur le sort du monde me ramènent souvent à l’importance de la confiance pour arriver à vivre ensemble et nous développer. Cette confiance qui, aujourd’hui, s’effrite à un rythme effréné.

Je me permets une petite hypothèse. Je crois que la confiance s’est longtemps bâtie en lien avec une certaine forme de projection de la connaissance, de la certitude. Ceux et celles qui projetaient de la certitude dans leurs propos inspiraient confiance. Qu’il s’agisse de professeurs, de politiciens ou de prêtres, ceux qui avaient la connaissance et se présentaient en expert avaient la cote. Ils semblaient également posséder des informations que nul autre n’avait. On les investissait ainsi de notre confiance.

Dans les dernières décennies, tout le monde n’est pas devenu si connaissant, mais la connaissance s’est démocratisée. Nous sommes également noyés dans l’information.

Savons-nous tous quoi en faire, en tout temps? Certainement pas! Mais l’accès à la connaissance, surtout à une masse d’informations souvent contradictoires, ébranle les colonnes du temple de la certitude. Nous sommes passés de la rareté à l’abondance, de l’idée que la connaissance allait un jour être finie, à celle qu’elle est infinie. Bref – merci Internet et la société de l’information! – notre rapport à la connaissance et à la certitude a bien changé.

Dès lors, qu’advient-il de la confiance? Sur quoi doit-elle se fonder? La projection d’une image de certitude inspire encore confiance pour certains, mais elle ne fait plus l’unanimité. Devant ce constat, plus de questions que de réponses.

La plaie est béante. Que se passe-t-il lorsque la confiance « collective » est mise à mal ou rompue? Par exemple, que se passe-t-il  quand nous n’avons plus la certitude que :

  • La nourriture qu’on nous vend ne nous empoissonne pas à petite dose?
  • Nos élus agissent dans le meilleur intérêt de la population?
  • Les médecins nous offrent toutes les alternatives pertinentes pour notre santé globale?
  • Nos données personnelles ne sont pas utilisées à des fins commerciales?
  • Les coopératives d’assurance défendent les intérêts de leurs membres?
  • Les médias traditionnels nous présentent de l’information de qualité?

Être dans la méfiance et le doute, en plus d’être plate, ça nous divise, ça nous empêche d’échanger, d’apprendre des autres, bref de nous développer! Comment avancer si on est toujours à regarder derrière notre épaule pour s’assurer qu’on ne se fait pas avoir…

On se replie, on se protège, on chiale. Puis, on cherche des alternatives, on s’associe à d’autres qui cherchent aussi, on discute, on trouve des idées, on recrée des réseaux de confiance alternatifs. Mais encore? Doit-on renoncer à retrouver un système qui inspire globalement confiance ou doit-on se créer des systèmes parallèles de confiance? Je trouve que les enjeux sont grands.

Constatant l’emprise de la méfiance sur ma propre personne, j’ai réalisé d’un même souffle qu’elle m’éloigne tranquillement de la société (avec un grand S). Comme citoyenne, je me sens plongée dans une mer infinie de choix individuels. Au fil des décisions, je me constitue tranquillement une société à la carte, en m’informant, en agissant, en m’associant et en consommant selon mes convictions. Me voilà otage de la fameuse théorie du choix rationnel : celle qui veut que l’Humain ne soit qu’une série de choix, mû par ses intérêts. Bref, c’est le triomphe de l’individualisme!

Ce qui me ramène à la confiance… la nécessité, voire l’urgence de recréer de la confiance pour être capable de vivre ensemble. La confiance devrait être plus que l’avantage collatéral d’une initiative, elle devrait être un projet de société en soi. Faire des efforts structurés et soutenus pour bâtir et maintenir la confiance.

J’ai l’impression qu’on voit la confiance comme quelque chose de passif, qui arrive ou non, qui est hors de notre contrôle. Voilà que j’envisage maintenant la confiance comme une source essentielle de proactivité. La confiance n’est pas là? Il faut la créer : se donner les moyens, essayer, réessayer, faire du ménage, se parler de nos valeurs, être à l’écoute, trouver ensemble des solutions.

Pas besoin d’être d’accord pour se faire confiance. Pas besoin de consensus pour qu’il y ait un climat de confiance. Pas besoin de savoir tout sur tout pour inspirer confiance. Alors, de quoi se nourrit aujourd’hui cette nécessaire confiance? Qu’on s’y mette au plus @$*&#)*%!!!

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1 Commentaires

  1. Soyons proactifs et bâtissons de la confiance en notre capacité collective à nous développer ensemble, autour du bien commun!

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Sophie Michaud
Sophie Michaud

Le développement collectif, et tout ce qui gravite autour, m’anime de la profonde conviction qu’on pourra enfin « sauver le monde », une collectivité à la fois.