Aux Hommes (et aux Femmes) de bonne volonté

“Si la société libre ne parvient pas à améliorer le sort de la majorité des pauvres,
elle ne pourra pas sauver la minorité des riches.”

John F. Kennedy, 1961


Au moment où les négociations pour le renouvellement de la convention collective des employés des secteurs public et parapublic piétinent sous des propositions appauvrissantes pour le personnel et que les grèves et manifestations se succèdent, on annonce en grande pompe l’octroi d’une aide financière de 1, 3 milliard $ à l’entreprise québécoise Bombardier alors même que ses dirigeants ont échoué et à développer efficacement la section aéronautique de l’entreprise et à financer adéquatement les activités. Mais encore, cette même entreprise délocalise les emplois et pratique l’évasion fiscale à grande échelle, tout en versant de généreux bonus à ses têtes dirigeantes. L’exemple est gros, frappant! Mais dans le climat québécois actuel, ce n’est hélas pas le seul. Les situations semblables se multiplient.

Ces nouvelles sont largement diffusées et commentées, pourtant je demeure à chaque fois étonnée de la capacité d’inertie de mes concitoyens. Ce n’est tout de même pas par manque d’information que les gens ne réagissent pas… À faire le bilan de ces dernières années, on se demande ce que ça va prendre pour que les citoyens de bonne volonté se lèvent et réagissent!

Bien entendu, se lever, réagir ce n’est pas facile. Oui, on en parle en cercle restreint, entre nous, on en discute presqu’en chuchotant… Mais réagir vraiment? Dénoncer? Affirmer? Proposer? [1] Voilà qui demande du courage!

Et il y a le silence. Ce silence étouffant derrière lequel se cachent les injustices et les ignominies les plus troublantes.[2] Qu’on se le dise bien, se taire c’est accepter l’inacceptable. Le silence, c’est le plus grand pouvoir qu’on laisse à ceux qui abusent de la société, qui qu’ils soient. Et ne rien faire, c’est confirmer à tout venant que les dirigeants, politiques ou privés, peuvent poursuivre leurs activités de contrôle et d’asservissement. Et pour combattre le silence?… Ça demande encore là une bonne dose de courage!

Nous en avons du courage, nous en avons tous! C’est l’étincelle qui l’animera qu’il nous faut trouver. Ce qui cause ce désintérêt des affaires publiques, c’est davantage, selon moi, l’absence de projet de société, c’est l’absence de vision globale, une vision bâtie collectivement, débattue, partagée, qui guide les actions, qui les gouverne. Depuis le « Maîtres chez nous » de Jean Lesage, aucune vision globale n’a guidé nos actions. Et les réformes imposées actuellement ne nous mènent pas vers un objectif avoué, commun, mais plutôt vers des transformations idéologiques mues par la volonté de quelques-uns, qui nous éloignent de cette société inclusive que nous souhaitons.

Nous sommes capables de courage, alors il est grand temps de le montrer! Il faut favoriser et faciliter la vraie participation citoyenne, à tous les niveaux, pour bâtir une vision collective de ce que nous souhaitons comme société, une vision qui nous mènera plus loin comme individus et en tant que société. Et ce sont les gestes quotidiens bien plus que les gestes d’éclat qui demandent courage et persévérance. Ce sont ces gestes qui entraînent les changements que nous voulons! Posons-les ces gestes-là!

Être actif dans nos villages, dans nos quartiers, se renseigner sur ce qui se passe dans nos organisations locales, dans nos conseils municipaux, assister aux réunions, poser des questions. Demander, exiger s’il le faut, les informations qui orientent les décisions. S’occuper de ce qui se passe autour de nous, se mêler de nos affaires, voilà la vraie façon de manifester ce courage qui est le nôtre. Voilà aussi une bonne façon de secouer les torpeurs et l’immense confort dans lequel se sont installés ceux qui tentent de nous imposer une société dont nous voulons de moins en moins.

On peut bien crier au scandale, cela ne changera pas le passé. Agir courageusement comme les citoyens et citoyennes de plein droit que nous sommes, agir ensemble dès maintenant; ça, par contre, ça changera notre avenir.


[1] Éditorial de la Présidente, S’opposer, s’affirmer, proposer!, Québec Rural, novembre-décembre 2014, vol. 23, no 7

[2] Éditorial de la Présidente, Le silence est d’or!…. Vraiment?, Québec Rural, décembre 2012 vol.21, no 8

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Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.