Au-delà des intérêts personnels

C’est facile de s’impliquer quand tout va comme je le souhaite, mais quand les orientations et les décisions sont prises en collégialité, il arrive inévitablement que les points de vue divergent.  Jusque là, même si cela est difficile, il est possible de réconcilier mes intérêts personnels à celles du groupe, en discutant et en utilisant mon pouvoir d’influence.  D’une manière ou d’une autre, ça permet de faire évoluer les gens et si je n’y trouve plus mon compte, je n’ai qu’à quitter le groupe.  Voilà qui est simple quand on s’engage volontairement et à titre personnel.

Pour moi, il y a un impératif : nous avons tous un « devoir citoyen ».  Je crois, que tout individu qui vit dans une communauté et jouit de services multiples a le devoir de redonner à son tour à sa collectivité par son implication et sa mobilisation.  Il n’est pas nécessaire de s’engager de façon intensive et continue, mais à tout le moins, il est bien de donner son opinion lorsqu’on nous le demande.

Toutefois, si je parle de développement collectif d’un territoire, cela nécessite obligatoirement qu’il faille impliquer plusieurs individus qui ont des champs d’expertise multiples, des visions différentes, des mandats imposés, des lignes directrices et autres.  Par-dessus tout cela, le travail collectif relève parfois plus de l’obligation que du volontariat.  Ouf !  Ça en fait des choses à conjuguer.  Et dans cette situation, il est plutôt difficile de quitter le groupe quand je représente moi-même un organisme dans mon milieu.  Quand tout le monde y met du sien, on arrive à construire de grandes choses et à faire cheminer, ensemble, tout un territoire.

Pour que ce travail collectif soit bénéfique et fructueux pour tout le monde, il faut, à mon avis, avoir une vision commune partagée et que chacun y contribue à sa façon et selon ses limites. Lorsqu’on s’entend sur la même destination de voyage, on peut tous apporter les bons bagages.  Chaque individu impliqué évolue dans un contexte organisationnel et a une expertise professionnelle.  Mais chacun a également un bagage de citoyen vivant sur un territoire.  Comme participant à un groupe, j’ai l’obligation de « challenger » l’expertise professionnelle et citoyenne de mes collaborateurs dans le but de faire ressortir le meilleur pour l’intérêt collectif du territoire.

À ce moment, le travail collectif devient un élément de compréhension commune, de respect et d’influence dans son sens positif.

Je pense que là où tout se complique, c’est quand le contexte socio-économico-politique amplifie les défis du travail collectif.  Quand je dois concilier uniquement ma vision personnelle, c’est une chose, mais quand je dois concilier ma vision avec celle de mon organisation, de mon groupe d’intérêt, des considérations politiques diverses, et qu’en plus, tout ça ne correspond pas aux orientations de mon territoire, c’est assurément déchirant.

Pire encore, c’est quand il y a contradiction entre mon organisation, mon emploi et ma conscience citoyenne.  Tout devient alors très délicat et impose parfois une certaine loi du silence.  Comme professionnelle et citoyenne, il m’arrive d’être confrontée à ces collisions frontales entre ma collectivité, mon organisation et mes valeurs personnelles.  Je me souviens avoir déjà demandé ce qui était plus important : le devoir citoyen, celui qui vit au sein d’une communauté et non comme un individu désincarné, ou le devoir de réserve souvent imposé par le poste que l’on occupe. Malheureusement, mon constat se résume, la plupart du temps, au devoir de réserve parce qu’il faut nourrir sa famille.

Quand tous les participants à un chantier collectif se retrouvent dans la même situation, il reste bien peu de gens pour faire valoir les intérêts supérieurs du territoire.  Et la question qui se pose est : qui est maître d’œuvre du développement collectif?  Pour moi, la réponse est simple, ça devrait d’abord être les citoyens.  Si je représente une organisation, je dois normalement parler au nom de ceux et celles qui utilisent les services dont j’ai la responsabilité.

C’est sans doute utopique, mais j’ose croire qu’il est encore possible que le développement collectif réponde aux besoins intrinsèques des citoyens.  S’il s’agissait de répondre à des enjeux fondamentaux comme le progrès et le bonheur, tout serait grandement simplifié.  Il faut toutefois considérer qu’au cours des dernières années, contribuer au développement collectif est de plus en plus ardu et pénible à cause d’une multitude de facteurs qui dépendent rarement des individus impliqués.

Jamais les citoyens n’ont autant eu de façons de dire ce qu’ils souhaitent et pourtant on voit la nécessité de « stimuler » la participation citoyenne.  Est-ce parce que nous sentons notre impuissance pour modifier le cours des choses?

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Nadia Bellehumeur
Nadia Bellehumeur

Je me présente, Nadia Bellehumeur, née en 1978 à Saint-Eugène-de-Guigues au Témiscamingue, un magnifique territoire rural où le mot collectif signifie que tout le monde se connait, avec les avantages et les conséquences que ça impose. J’ai quitté le Témiscamingue pour faire un baccalauréat en récréologie, à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour rapidement revenir dans mon milieu après mes études. Je travaille depuis plus de 10 ans en développement des collectivités à la Société de développement du Témiscamingue. Depuis 2014, je me suis lancée dans l’écriture et j’ai publié mon premier roman. Entre le travail, la famille (parce que je suis maman de trois enfants) et l’écriture, je réalise que le développement collectif, ça se passe à plusieurs niveaux. Du noyau familial, à la vie de communauté, à la région, à la nation et à la terre. Je souhaite participer à ce blogue pour partager mon expérience, ma vision, mais également pour, espérons, interagir, converser, inspirer et contaminer plusieurs personnes sur la nécessité du développement collectif, quel qu’il soit. L’avenir du développement collectif passe, pour moi, par l’engagement et l’acceptation de la différence.