À quelques semaines du scrutin, je vous propose une analyse de ce que les principaux partis ont à dire en matière de conservation et de mise en valeur de notre patrimoine bâti.

Je me suis attardée à l’ensemble des plateformes politiques et plans d’action publiés récemment à Québec et Montréal. Dans le cas où l’information n’était pas facilement disponible en ligne, des demandes d’entrevues pour chacun des partis ont été logées. Je vous encourage à faire le même exercice pour vos municipalités et villes respectives afin de découvrir qui est à même d’assurer la meilleure préservation, mais aussi, l’utilisation la plus judicieuse de notre architecture.

 

La métropole

À Montréal, l’équipe Coderre consacre plusieurs lignes au patrimoine au tout début de sa plateforme. Ainsi, le parti s’engage à développer un « aménagement urbain en respect avec le patrimoine bâti » par diverses actions. Parmi les plus structurantes, on retrouve la mise en place d’une politique municipale d’architecture et de design et du bâtiment durable – toujours inexistante dans la métropole.

L’équipe Coderre discute de la reconversion de certains ensembles institutionnels majeurs de la métropole. Cinq sites sont jugés comme prioritaires – pour la plupart liés au passé hospitalier de la ville : l’ancien hôpital de Montréal pour enfants, l’ancien hôpital de la Miséricorde, le site des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, l’hôpital Royal Victoria, et finalement, le site de la Maison de Radio-Canada.

L’équipe Coderre s’appuie majoritairement sur son Projet de Plan d’action en patrimoine 2017-2022 présenté récemment. Un plan sur cinq ans, salué par certains, mais jugé par d’autres comme très ambitieux à réaliser en peu de temps. Ce plan d’action discute abondamment de la mise en valeur du patrimoine dit « de proximité ». Sans proposer des mesures révolutionnaires, le plan met aussi l’accent sur la diffusion de connaissance et de l’histoire entourant les bâtiments déjà reconnus comme patrimoniaux.

Le parti défend aussi le développement d’un « Laboratoire des usages transitoires ». Un projet pilote qui offrirait une nouvelle vie aux bâtiments municipaux désormais vacants.

 

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Le parti Projet Montréal dirigée par Valérie Plante propose un lot de mesures et actions qui touchent le patrimoine – autant dans sa mise en valeur que dans sa conservation. Certaines propositions apparaissent plus réalistes à opérationnaliser avec un budget municipal alors que d’autres demanderont inévitablement l’aide de Québec.

Parmi les propositions les plus innovantes, on retrouve la création d’une « division de l’occupation transitoire », qui serait chargée de travailler avec le secteur immobilier, dans le but de trouver de nouvelles vocations aux lieux vacants ou inoccupés (terrains et bâtiments). On y défend l’occupation temporaire des immeubles patrimoniaux vacants – jugeant que celle-ci permettrait d’en assurer la meilleure protection et un meilleur entretien.

Le parti discute aussi de l’ajout de diverses signalétiques mettant en valeur l’architecture ainsi que de la création d’un répertoire électronique des immeubles patrimoniaux vacants ou vulnérables. Pour ce répertoire, on propose un partenariat avec le Service des incendies, qui recense déjà les immeubles jugés patrimoniaux vacants ou vulnérables de la Ville.

Sans en détailler les contours, l’équipe de Valérie Plante propose l’adoption une politique montréalaise de l’architecture. On mentionne aussi au passage la création « de pools d’investisseurs publics et privés voués à la sauvegarde du patrimoine collectif » à Montréal.

Autre proposition intéressante, mais impossible sans la collaboration du provincial ou du fédéral; celle de fournir une « aide les propriétaires de bâtiments patrimoniaux dits modestes, en bonifiant et en étendant la portée des programmes de subvention actuels ».

 

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Le parti Vrai changement pour Montréal mené par Justine McIntyre – mentionne le désir de « de préserver ou de bâtir des lieux identitaires. Le parc du Mont-Royal, la Place des Arts, le Vieux-Port, l’Espace pour la Vie, y sont énumérées dans trop expliciter le tout. On y mentionne au passage les décisions urbanistiques qui devraient selon le parti prioriser l’esthétique et « l’humain » dans les nouvelles constructions et aménagements.

 

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Le parti Coalition Montréal n’a pas rendu accessible son programme en ligne et n’a pas retourné nos appels.

 

La Capitale-Nationale

Du côté de Québec, le parti Labeaume place l’enjeu du patrimoine dans sa courte liste des huit engagements pour la période 2017-2021. Alors que d’autres enjeux sélectionnés dans cette liste sont plus détaillés – la proposition du parti tient en sept mots : « Protéger et mettre en valeur notre patrimoine ».

La ville de Québec a publié l’an passé son plan Vision du patrimoine 2027. Il s’agit de fruit d’un exercice de consultation qui visait principalement à définir la notion de patrimoine. Le maire juge son plan permettra de « rendre le patrimoine davantage visible et accessible » en incluant les biens matériels et immatériels « qui sont hérités du passé ».

On y note aussi le désir de donner une grande place à la recherche en proposant l’élaboration de plateforme collaborative des bonnes pratiques ainsi qu’en proposant d’investir dans une veille sur les nouvelles tendances et innovations en conservation du patrimoine. On y propose aussi de travailler conjointement avec la nation huronne-wendat dans le dossier et de mettre en place une série de mesures pour que le thème du patrimoine soit plus attrayant pour les jeunes générations.

Notons qu’à la publication de Vision patrimoine 2027, certains ont dénoncé le manque de place laissé aux citoyens et aux groupes de défense du patrimoine déjà bien actifs dans la Capitale.

 

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Le parti Démocratie Québec, avec à sa tête l’architecte Anne Guérette, évoque le thème du patrimoine – bien que très succinctement. Deux lignes y sont consacrées dans un programme d’une vingtaine de pages.

Démocratie Québec s’intéresse spécifiquement à l’intégration des bâtiments à leur environnement – en parlant notamment de la recherche d’une cohabitation harmonieuse des divers bâtiments en reflétant l’identité de chacun des quartiers. On y mentionne aussi au passage le concept de la « diversité architecturale et sociale », concept que l’on entend trop peu.

Notons que plusieurs mesures proposées par l’équipe d’Anne Guérette touchent à l’aménagement urbain. On y dénonce par exemple en dénonçant notamment le « phénomène de banalisation du cadre bâti ». Si on ne parle pas abondamment de patrimoine dans la plate-forme, on sent quand même un fort intérêt pour la préservation du caractère distinctif des différents quartiers et milieux de vie.

 

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L’autre parti en lice dans la capitale, Québec 21, mené par Jean-François Gosselin ne fait aucune mention du patrimoine ou de l’architecture dans son programme politique.

 

 

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Mathilde Forest Rivière
Mathilde Forest Rivière

Détentrice d’une maîtrise en science politique de l’Université Laval, je travaille depuis plusieurs années en recherche sociale. J’ai notamment co-fondé la firme Bem & co.– qui se spécialise en évaluation et en recherche en tentant de tirer profit des savoirs universitaires tout comme des précieuses expériences de terrain. Parallèlement, j’ai aussi développé une pratique artistique, particulièrement à partir de la photographie et des arts imprimés. Mes plus récents projets mettent en scène différentes déclinaisons de l’architecture et du patrimoine. Mes travaux de recherche et ma pratique artistique ont en commun de privilégier une approche collaborative permettant d’amasser témoignages et fragments de vie, bien souvent par le biais de recherches d’archives, d’entrevues et les groupes de discussions.