À bas les « Je suis féministe mais… »!

Je sais qu’on a déjà parlé de féminisme sur ce blogue, mais en allant chercher de l’inspiration dans l’actualité, tout ce que je vois, ce sont des commentaires sur ce que portait Safia Nolin à l’ADISQ et 12 millions « d’analystes » sociaux qui se prononcent sur le consentement et la culture du viol.

Je suis comme partagée, parce que je suis contente qu’on parle de ces enjeux, mais à chaque fois, je ferme la radio parce que j’ai peur d’entendre des commentaires misogynes, ignorants ou paternalistes de la part de personnalités publiques que je considère normalement intelligentes.

Parmi les intellectuels de gauche, les porte-paroles progressistes et mes amis aux valeurs sociales, je trouve que c’est encore la question du féminisme qui a le plus de difficulté à rallier tout le monde. Tous, ils vont acheter leur chocolat équitable et manifester contre les droits de scolarité. Mais quand ils parlent de féminisme, ils sont nombreux à dire « oui, mais… ».

« Oui, c’est vrai que c’est scandaleux que les femmes se fassent agresser, mais les hommes aussi sont victimes d’agressions sexuelles »

Oh my, je l’haïs, celui là. Je te parle d’un sujet, et tu me réponds avec un autre sujet!

Oui, c’est vrai que les hommes et les garçons sont aussi victimes. Oui, c’est vrai qu’ils vivent des enjeux particuliers quand vient le temps de dénoncer et qu’il faut s’en occuper. Mais offrir cette réponse quand on essaie de soulever l’enjeu des agressions envers les femmes, c’est faire dévier le débat. Ça sous-entend que les agressions sexuelles dans notre société, en ce moment, ce n’est pas une affaire de genre.

Oui… mais non! Le cœur du problème, ce n’est pas la question de la personnalité de l’agresseur, de sa santé mentale ou de la malchance de la victime. Ce sont des agressions d’hommes (à 96%) envers des femmes (84% des victimes sont de sexe féminin)1.

Ce sont des hommes qui ont internalisé un message, un climat social, un mépris des femmes, une objectification rampante, un sentiment d’avoir le droit à quelque chose auquel ils n’ont pas droit et décident d’agir. Tous les hommes n’internalisent pas le message et tous n’agissent pas, bien sûr. Mais il reste que c’est un problème genré et on ne gagne absolument rien à éviter de le nommer.

Sans oublier que, parler d’un problème vécu majoritairement par les femmes, ce n’est pas nier la réalité des hommes et des garçons qui en sont victimes. On peut se concentrer sur un sujet à la fois, sans nuire aux autres. Prenons donc le temps d’avoir ce débat et de reconnaître les impacts du sexisme sur cet enjeu.

« Oui, il faut s’attarder à la question des agressions sexuelles, mais je ne suis pas convaincue du terme ‘’culture du viol’’ »

Ok. Ouin pis? On fait progresser quoi à parler de sémantique plutôt que de parler du problème? Le terme « culture du viol » est apparu au fil du temps. Quelqu’un le mentionne, d’autres le répètent et voilà, on a un terme consacré. Ce n’est pas le fruit d’une campagne marketing pour trouver le bon mot qui va rallier les foules.

Il reste que maintenant, on sait ce que ça veut dire. Ça parle de l’ensemble des valeurs, des messages, des comportements tolérés qui semblent anodins, mais qui contribuent à favoriser les agressions sexuelles envers les femmes. Qu’on parle de la pornographie omniprésente, qui met en scène des scénarios où la femme, son plaisir (et parfois sont consentement) sont des accessoires. Qu’on parle de la publicité, où les femmes n’ont pas de tête, mais un corps qui fait vendre. Qu’on parle des blagues que certains hommes tolèrent entre amis et qui contribuent à rendre acceptables, pour certains, des idées et des opinions. C’est tout ça, la culture du viol. Alors pendant que Madame Peut-Être-Pas-Le-Bon-Mot fait dévier la conversation, je vais aller manifester.

« Oui, c’est scandaleux de blâmer les victimes, mais il reste que la réalité est ce qu’elle est et que les femmes doivent faire attention »

Il est toffe, celui-là. Évidemment, on ne peut pas nier le problème en espérant qu’il disparaisse, alors considérer la sécurité des femmes est important. Je propose ceci : faisons de la sécurité des femmes notre affaire à tous, plutôt que de leur donner l’impression qu’elles doivent compromettre leur liberté de mouvement, d’agir, de penser et de parler pour se garder saines et sauves. Ça veut dire de rabrouer le gars qui fait des jokes déplacées. De ne pas détourner les yeux de situations difficiles et d’offrir du soutien. De nous assurer que les femmes se sentent à l’aise de demander de l’aide et de dénoncer plutôt que d’être craintives.

***

Toutes ces affirmations selon moi sous-entendent la même chose : « vous ne parlez pas correctement, à mon avis, de la situation, et c’est là-dessus que je focusse ». C’est tellement contreproductif que je n’en vois pas l’intérêt. Laissez faire les questions de bonne stratégie, de bon mot et recevez le message sous-jacent, plutôt. Et agissez!


1 http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/statistiques.php

Commentaires partagés sur Facebook

commentaires

Commentaires si vous n'avez pas de compte Facebook

Votre commentaire

Myriam Thériault
Myriam Thériault

Je m’appelle Myriam Thériault, et depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, mes études en développement social et développement territorial m’ont amenée à voir les quatre coins du Québec, notamment chez Communagir, à Montréal, pout aboutir comme travailleuse autonome à Québec. Dans les dernières années, je suis passionnée par l’idée de faire un pont entre les différents types de savoirs (d’expérience, pratiques, scientifiques) et contribuer bien modestement à l’avancement du développement collectif par l’ancrage concret de la recherche universitaire! Comme blogueuse, je souhaite vous partager mes lectures et mes trouvailles, avec toujours la même question derrière la tête : comment ça peut parler aux praticiens, aux citoyens, aux acteurs du développement collectif dans les changements qu’ils vivent actuellement?