Cynisme : Attitude face à la vie, aux personnes, aux événements, mépris des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des idées contraires aux normes sociales, à la morale. Au sens contemporain, attitude ou état d’esprit caractérisé par une faible confiance dans les motifs ou les justifications apparentes d’autrui, un scepticisme réaliste face aux décideurs.

 

Vous l’avez remarqué vous aussi, non?…. C’est comme un fin brouillard qui couvre tout, un voile qui teinte nos constats, qui impose une dimension sournoise de fatalité et d’incompréhension face à ce qui nous entoure, à ce qui rythme notre quotidien…. Le cynisme! Chaque jour, l’actualité nous inonde d’événements qui deviennent de plus en plus troublants, on nous informe de décisions dont les motivations apparaissent de moins en moins limpides, on cherche le sens et la justice autour de nous alors que tout nous échappe. La sensation est inconfortable, au début mais lentement, on s’habitue, on cesse de réagir… Le geste qui, hier encore, nous aurait horrifié est devenu banal, on espère juste ne pas en être la cible…. La décision injuste ou inacceptable, ne nous dérange pas, ou si peu, surtout si elle ne nous concerne pas. Et pour le reste, on s’en fout…. Un peu ou beaucoup, c’est selon…

Mais ce qui m’apparaît le plus préoccupant, c’est le sentiment d’impuissance qui enrobe le tout. À quoi bon en effet s’insurger puisque nous n’e pouvons rien y changer? Pire encore, si nous parlons, si nous tentons une intervention, nous devenons la prochaine cible! C’est sournois, mais d’une redoutable efficacité! Alors nous participons, par notre silence et nos détournements de regard, à la culture de l’inconcevable. Et qui pourrait bien nous le reprocher?….

 

******

J’ai lu le livre Le Point de Bascule[1] au milieu des années 2000, alors que je me questionnais justement sur notre capacité collective à influencer notre environnement et notre fonctionnement social. Le point de bascule, c’est ce moment particulier où un phénomène prend une ampleur insoupçonnée, ou une idée se répand comme la poudre portée par le vent. A travers des exemples concrets d’épidémies ou d’effets de modes, l’auteur démontre que des changements importants surviennent souvent à partir d’un phénomène anodin. Fascinant!

Selon Malcolm Gladwell, trois variables font en sorte que se crée le point de bascule. Si bien sûr, le contexte est une de ces variables, les deux autres variables sont essentiellement… des personnes. Des personnes qui proposent le changement, et des personnes qui acceptent de participer au changement, de le diffuser et d’y contribuer par leurs idées et leur engagement.

Et le plus intéressant réside dans le fait que ce ne sont pas de grands gestes, de grandes innovations ou des découvertes sensationnelles qui initient la plupart des changements, mais de petites choses, des gestes simples mais sincères, inscrits dans des attitudes et des valeurs comme le respect et l’empathie, qui façonnent les vraies différences et qui peuvent provoquer de véritables épidémies sociales. La preuve qu’avec un peu d’imagination, un grand coeur et un bon levier, on peut faire bouger le monde.

Alors pour contrer le cynisme étouffant, si nous devenions des déclencheurs de point de bascule? En commençant simplement par sourire aux personnes que l’on croise…. En constatant calmement, sans colère et sans esclandre, que des gestes ou des décisions sont inacceptables et qu’on ne doit pas les considérer comme étant de la normalité. En portant le positif qui nous entoure comme une denrée précieuse, et en le partageant avec enthousiasme. Des petites choses, portées avec cœur et partagées largement, qui font des petites différences… qui finiront par devenir de grandes différences. On peut faire lever ce bouillard de cynisme, on doit le faire, avant qu’il nous étouffe.

Parce que tout bien considéré, c’est de notre monde dont il est question, de notre vie de tous les jours. Alors pourquoi ne pas la rendre meilleure? Et induire ce petit mouvement qui deviendra grand. Basculons vers le meilleur, vers l’espoir, ça peut se faire! Faisons-le!

 

P.S. : Espoir : Émotion, disposition de l’esprit humain qui consiste en l’attente d’un futur bon ou meilleur.

 

Par Claire Bolduc, agronome

 

[1] Gladwell, Malcolm, Le Point de bascule : comment faire une grande différence avec des petites choses 2000

Commentaires partagés sur Facebook

commentaires

1 Commentaires

Commentaires si vous n'avez pas de compte Facebook

Votre commentaire Required fields are marked *

Claire Bolduc
Claire Bolduc

Ancienne présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, madame Bolduc représente bien le nouveau visage de la ruralité québécoise. Mère de quatre enfants, jeune grand-mère également, elle exploite, à Ville-Marie au Témiscamingue, un vignoble avec son conjoint.    Présidente de Solidarité rurale du Québec de mars 2008 à mai 2016, elle a milité pour que soit reconnue la juste place de la ruralité dans l’ensemble sociétal. Au cours de son mandat, elle a défendu la vision d’un territoire en partage et complémentaire, où les communautés rurales ont un rôle déterminant à jouer pour l’avenir du Québec. Elle connaît en outre bien le Québec rural, pour l’avoir parcouru afin de réfléchir avec les ruraux aux prochaines phases de développement du Québec rural.    Madame Bolduc cumule une trentaine d’années d’implication citoyenne dans les domaines agricole, rural, environnemental, éducatif et du terroir. En plus d’avoir assumé la présidence de son ordre professionnel, Madame Bolduc s’est impliquée auprès de Solidarité rurale du Québec de 2002 à 2006 et elle était, jusqu’à décembre 2007, présidente du Conseil des appellations agroalimentaires du Québec. Elle a également occupé plusieurs postes de responsabilités au sein d’organismes publics en environnement et en agriculture.